le pays des montagnes par opposition aux plaines de la Chaldée [131], est celui par lequel les Assyriens, les Hébreux et les peuples congénères désignaient la Susiane ou Élymaïs de la géographie classique, la contrée située entre le Tigre et la Perse. Au premier abord on est surpris de voir la population de ce pays donnée comme sémitique, car linguistiquement le pays de 'Elam est absolument étranger au monde sémitique. La langue qu'on y parlait, et dont nous possédons un certain nombre de monuments écrits, était un idiome agglutinatif, tenant de très près à celui du vieux fond anté-aryen de la population de la Médie, et apparenté dans une certaine mesure aux langues altaïques, particulièrement à celles du rameau turc. Il ne paraît pas douteux aujourd'hui que la masse du peuple élamite ou susien ne se composât de tribus juxtaposées et en partie croisées, se rattachant
les unes à la souche de 'Ham comme les Cissiens et les Cosséens, les autres à la souche touranienne comme les Susiens proprement dits, comme les Susiens (Schouschinak dans leur propre langage), les Apharséens ou Amardes (Hafarti) et les Uxiens (nom tiré par les Grecs du Perse Ouvaja). Les sculptures assyriennes représentant des scènes des guerres des monarques ninivites dans le pays de 'Elam, montrent qu'un type négroïde très caractérisé prédominait dans cette population de sang extrêmement mélangé. Mais en même temps elles justifient l'écrivain biblique en attribuant à la plupart des chefs de tribus et des hauts fonctionnaires de la cour des rois de Suse un type de race tout à fait différent de celui des hommes du peuple, des traits qui sont, sans aucun doute possible, ceux des nations syro-arabes. Il y avait donc eu dans le pays de 'Elam, à une époque qu'il nous est impossible de déterminer, introduction d'une aristocratie se rattachant à la race de Schem, aristocratie qui avait rapidement adopté le langage du peuple auquel elle s'était superposée, mais qui, ne se mélangeant pas avec les indigènes des classes inférieures, avait conservé fort intact son type ethnique particulier. C'est là ce que le document sacré désigne sous le nom de 'Elam, fils de Schem.
2D'après les sculptures assyriennes du palais du roi Asschour-bani-abal, à Koyoundjik, l'ancienne Ninive.
Note 131:[ (retour) ] C'est aussi le sens du nom donné au même pays dans la langue accadienne, Nima.
1D'après les sculptures assyriennes de Koyoundjik.
Asschour, second fils de Schem, personnifie la nation des Assyriens, qui joua un si grand rôle dans l'histoire de l'Asie occidentale. La langue et la civilisation sont communes aux Assyriens proprement dits et aux Chaldéo-Babyloniens; mais les monuments figurés de ces peuples eux-mêmes montrent que leur type physique et anthropologique différait profondément. Les Assyriens ont tous les traits propres aux peuples syro-arabes; ils peuvent en passer pour une des nations caractéristiques et typiques au point de vue de l'apparence extérieure, ce qui s'applique très bien à la place donnée à Asschour dans la descendance de Schem. Les Chaldéo-Babyloniens s'en distinguent d'une façon très accusée; il suffit de voir leur figure dans les bas-reliefs exécutés avec soin pour reconnaître que, malgré la communauté de langue, ce sont des hommes d'une autre race. Et en effet, nous verrons en étudiant leur histoire que leur nation s'est formée de la fusion de deux éléments ethniques: l'un à qui appartenait en propre à l'origine la langue de la famille syro-arabe dit abusivement assyrienne, mais que la Genèse, en parlant de son héros légendaire Nimrod, range dans la descendance de Kousch; l'autre, parlant un idiome agglutinatif très particulier, est le peuple de Schoumer et d'Akkad, comme il s'intitulait lui-même, qui paraît devoir être rapporté à la souche touranienne. La distinction d'origine ethnique, que la Bible établit entre les Assyriens et les Chaldéo-Babyloniens, est donc parfaitement justifiée au point de vue scientifique.
1D'après les bas-reliefs de l'Assyrie. La figure imberbe, placée entre les deux autres, est celle d'un eunuque.