Le texte sacré ajoute que c'est de la terre où Nimrod avait établi son empire kouschite et où se trouvaient les quatre villes de Babel (Babilou, Babylone), Érech (Ourouk, Orchoé), Akkàd et Kalneh (Koulounou), que sortit Asschour; après quoi il bâtit Ninive et les cités voisines. Ceci encore est de la plus merveilleuse exactitude. Nous verrons, en effet, dans le livre de cette histoire qui sera consacré aux Assyriens, que la civilisation chaldéo-babylonienne était déjà depuis longtemps constituée, et parvenue à un haut point de splendeur quand les tribus de race sémitique pure, riveraines du Tigre, qui formèrent ensuite la nation assyrienne, étaient encore à l'état de hordes confuses, nomades et à demi barbares, auxquelles on donnait le nom collectif de Gouti, en hébreu Goim. Une colonie babylonienne, prenant sa route vers le nord, s'établit sur la rive occidentale du Tigre, à l'entrée du territoire de ces tribus, dans le lieu qui s'appelle aujourd'hui Kalah-Scherghât. Elle y fonda une ville, consacrée au culte du dieu Asschour, un des dieux du panthéon chaldéo-babylonien. Cette ville devint le foyer d'où la civilisation et la langue de Babylone rayonnèrent sur les Gouti et les conquirent. Peu à peu ils se groupèrent autour de ce centre, reconnurent sa suprématie et se formèrent en unité nationale sous le gouvernement de chefs, primitivement sacerdotaux, qui résidaient dans «la ville d'Asschour.» Le dieu Asschour, sous les auspices duquel ils s'étaient ainsi civilisés et constitués, devint leur grand dieu national, le peuple que forma leur groupement «le peuple d'Asschour» et leur territoire «le pays d'Asschour.»
Le troisième fils de Schem, dans le tableau ethnographique de la Genèse, est appelé Arphakschad. C'est une souche ethnique que l'auteur représente comme se divisant, au bout de quelques générations, en deux grands rameaux, les Tera'hites ou les Hébreux et les peuples qui leur sont intimement apparentés, les Yaqtanides ou populations sémitiques de l'Arabie méridionale. Les premiers noms de la généalogie de cette section de la race de Schem, à laquelle l'écrivain sacré donne un développement tout spécial, parce que c'était celle à laquelle appartenait le peuple choisi dont il racontait l'histoire, ont un caractère à part; ils ne sont évidemment ni personnels, ni ethnographiques; leur sens est à la fois géographique et historique. Ils représentent les premiers faits de la migration d'est en ouest, de ce groupe des descendants de Schem après la constitution de son individualité propre et avant sa division en deux courants divergents. Arpha-Kschad signifie «limite du Chaldéen» ou plutôt «limitrophe du Chaldéen;» c'est l'indication du point où fut le berceau du groupe. Schela'h, nom donné comme celui de son fils, exprime «l'impulsion en avant,» la mise en marche de ce rameau de populations, sortant de son premier séjour pour se porter vers l'occident. A la génération suivante 'Eber représente le «passage
au delà (de l'Euphrate),» qui dut, en effet, avoir lieu pour permettre aux Yaqtanides de gagner l'Arabie et aux Tera'hites de s'établir autour d'Our des Kaschdim ou Chaldéens, qui fut le point de départ de leur dernière migration. Il rappelle aussi que les populations de la Syrie, en vertu de ce même fait, donnèrent aux Tera'hites, quand ils vinrent s'établir au milieu d'elles, le nom de 'Ebrim ou Beni 'Eber, c'est-à-dire les gens venus d'au delà du fleuve, d'où l'on a fait Hébreux. C'est à la génération après 'Eber, autrement dit après le passage sur la rive droite de l'Euphrate, que s'opère la division du tronc ethnique en deux rameaux. Le représentant de celui d'où sortirent les Tera'hites est Peleg, dont le nom exprime l'idée de «division,» et le texte sacré insiste sur cette signification; le représentant du rameau qui prend dès lors sa route vers l'Arabie, a un nom ethnique, Yaqtan.
1D'après les sculptures du palais de Koyoundjik, retraçant les campagnes du roi ninivite Asschour-bani-abal en Babylonie.
Yaqtan revêt dans la tradition arabe la forme Qa'htan, qui est le nom d'un canton situé dans le nord du Yémen, sans doute celui d'où rayonnèrent toutes les tribus de cette race, qui se superposèrent aux anciens habitants 'Hamites sur le littoral arabe de la mer d'Oman. Les peuples yaqtanides ou qa'htanides constituent dans la péninsule arabique la couche de populations que les traditions recueillies par les Musulmans appellent Moute'arriba. «Ils habitèrent, dit le texte, à partir de Mescha, en allant vers Sephar, jusqu'à la Montagne de l'Orient.» Ces points géographiques sont bien clairs: Mescha est la Mésène de la géographie classique, le Maisân des écrivains syriaques, auprès de l'embouchure commune de l'Euphrate et du Tigre, avec le Mésalik de nos jours, c'est-à-dire la partie de désert, actuellement habitée par la grande tribu arabe des Benou-Lam, qui s'étend immédiatement en arrière de la contrée fertile du 'Iraq-'Araby; Sephur est le Saphar des géographes grecs et latins, qui fut un temps la capitale des Sabéens, le Zhafâr d'aujourd'hui; quant à la Montagne de l'Orient, cette désignation, par rapport à la péninsule arabique, a trait évidemment au massif montueux et fortement relevé du Nedjd. Ainsi les indications de la Genèse déterminent pour l'habitation des Yaqtanides une vaste zone qui traverse toute l'Arabie et comprend, à partir du Mésalik, le Djebel-Schommer, le Nedjd, le midi du 'Hedjâz, le Yémen, le 'Hadhramaout et le Mahrah. Sur ce territoire, l'écrivain biblique compte treize fils de Yaqtan ou peuples principaux issus de cette souche:
Almodad, dont le nom présente l'article arabe al; ce sont probablement les Djor'hom de la tradition arabe, l'une des plus puissantes nations issues de Qa'htan, qui habitait une portion du 'Hedjâz et dont les rois légendaires sont presque tous désignés par l'appellation de Modhadh.
Schaleph correspond bien manifestement aux Salapeni de la géographie classique et au canton actuel de Salfieh, au sud-ouest de Çan'âa.
'Haçarmaveth est la forme que devait revêtir régulièrement en hébreu le nom du 'Hadhramaout, le pays des Chatramotites des Grecs.
Yera'h ne peut être que la traduction hébraïque d'un nom de peuple, qui en arabe avait le sens de «peuple de la lune;» les commentateurs hésitent pour l'application de ce nom entre les Benou-Helal ou «fils de la nouvelle lune,» ancien peuple du nord du Yémen, les Aliléens de la géographie classique, et la région du Djebel Qamar, «la montagne de la lune,» dans le 'Hadhramaout oriental.