On le voit par ce qui précède, la grande majorité des peuples classés dans la descendance de Yapheth appartiennent à cette grande race, la plus pure du type blanc et la plus noble de toute l'humanité, que l'on connaît sous le nom d'aryenne ou indo-européenne, et dont la science contemporaine, en se guidant sur les affinités physiologiques et linguistiques, est parvenue à reconstituer l'unité originaire. En Europe, les Grecs et les Romains, les Germains, les Celtes, les Scandinaves et les Slaves; en Asie, les Perses, l'aristocratie des Mèdes, les Bactriens et les castes supérieures de l'Inde; telles sont les principales nations de cette race, divisée depuis une très haute antiquité en deux grandes branches, l'une occidentale et l'autre orientale, les Européens, ainsi désignés d'après la partie du monde où ils terminèrent leur migration et trouvèrent leur demeure définitive, et les Aryas, comme ils s'intitulaient eux-mêmes. Ces derniers, réunis d'abord sous ce nom commun, restèrent longtemps concentrés dans les contrées arrosées par l'Oxus et l'Iaxarte, c'est-à-dire dans la Bactriane et la Sogdiane, région qui avait été le berceau premier de la race. De là un de leurs rameaux se dirigea vers le midi, franchit l'Hindou-Kousch et pénétra dans l'Inde en détruisant, ou subjuguant les populations antérieures, de souche thibétaine, kouschite et dravidienne. L'autre s'établit dans le pays qui s'étend entre la mer Caspienne et le Tigre, et dans les montagnes de la Médie et de la Perse.

L'auteur inspiré du chapitre X de la Genèse n'a donc compris dans son énumération ethnographique qu'une faible partie du vaste développement de cette race et, sauf Madaï, tous les représentants qu'il en nomme appartiennent à la branche occidentale. Naturellement son tableau embrasse seulement ceux des peuples aryens qui pouvaient être connus des Hébreux de son temps, ceux qu'il connaissait lui-même; et il n'y a pas à hésiter pour reconnaître que ceux de ses commentateurs qui ont prétendu trop élargir son horizon géographique, l'étendre au même degré que celui des Grecs et des Romains, se sont absolument trompés. Mais pour ce qu'il a connu de peuples aryens, l'auteur sacré a discerné de l'oeil le plus sûr leur étroite parenté, et il leur a assigné une origine commune, ce qui est déjà merveilleux, car chez aucun ancien l'on ne rencontre une vue ethnographique de cette profondeur et de cette justesse. C'est bien la race aryenne ou indo-européenne dans son ensemble qu'il a voulu représenter comme issue de Yapheth, et si la science actuelle trouve ici à élargir son cadre, elle n'a pas à le modifier. Cette race est celle à laquelle nous appartenons. C'est la race noble par excellence, celle à qui a été confiée la mission providentielle de porter à un degré de perfection inconnu de toutes les autres les arts, les sciences et la philosophie. «Béni soit Yapheth, dit Noa'h suivant la Bible, que Dieu étende au loin sa postérité, qu'il habite dans les tentes de Schem et que 'Ham soit son serviteur!» Cette bénédiction et cette prophétie se sont accomplies, car la descendance de Yapheth n'est pas devenue seulement la plus nombreuse et la plus étendue; elle est aussi la race dominatrice du monde, celle qui chaque jour encore s'avance vers la souveraineté universelle.

1D'après les sculptures de Persépolis.

Avec les peuples aryens, l'auteur du tableau ethnographique de la Genèse a placé les populations caucasiennes et les peuples de Meschech et de Thoubal, qui certainement s'y rattachaient. Ce sont là ceux qui pouvaient être connus de lui parmi les peuples que l'on appelle «les blancs allophyles,» autrement dit ceux qui, sans différence notable et facilement appréciable dans le type physique avec les nations européennes, parlent des idiomes radicalement différents, qui semblent éloigner leur origine de la souche aryenne. Il est clair qu'ici c'est sur le type qu'il a basé son classement et non sur les idiomes, ce que le simple bon sens indique, du reste; car certainement, si la parenté des différentes langues de la famille sémitique ou syro-arabe était de nature à être appréciable pour la philologie si imparfaite des anciens, il n'en était pas de même de l'affinité des dialectes iraniens et du grec, de l'idiome de Madaï et de celui de Yavan; et personne ne prétendra, je pense, que les écrivains bibliques aient eu une révélation spéciale ou même simplement une inspiration divine en matière de linguistique. «Sans leur langue si spéciale, dit M. de Quatrefages, personne n'eût hésité avoir dans les Basques les frères des autres Européens méridionaux. Leur dolichocéphalie spéciale eût-elle été découverte, comme elle l'a été par M. Broca, on n'aurait pas eu l'idée d'en faire des blancs allophyles. Il en est de même des peuples du Caucase, si longtemps regardés, précisément à cause de leurs caractères physiques, comme la souche pure des populations blanches européennes.» Remarquons, du reste, que précisément ces peuples présentent pour l'anthropologiste et l'ethnographe un problème des plus obscurs et des plus complexes, par suite du contraste même qui existe entre les affinités d'origine que semblent indiquer leur type et l'isolement où les placent leurs idiomes. Mais le langage coïncidant mal avec les caractères physiques peut être chez eux le résultat de faits historiques qui resteront pour nous à jamais inconnus, par exemple un héritage de populations antérieures d'une toute autre race, dont le type aura fini par s'effacer sous l'afflux toujours prédominant du sang blanc qui devait s'y mêler. C'est ainsi que les Ottomans ont fini, à force de métissages, opérés surtout par le choix de femmes européennes et caucasiennes, par devenir un peuple de race formellement blanche, tout en gardant la langue turque de leurs ancêtres d'un autre type. Bien téméraire serait donc celui qui oserait affirmer, sur la foi exclusive de la différence linguistique, qu'en classant les blancs allophyles du Caucase dans la famille de Yapheth, l'écrivain biblique n'a pas suivi des traditions formelles et autorisées, et que ce n'est pas lui qui est ici dans le vrai, aussi bien que Blumenbach et Cuvier en les classant avec les Aryens dans

la même division de la race blanche, toutes réserves faites, d'ailleurs, sur le nom impropre qu'ils ont donné à cette grande division ethnique.

La descendance de Schem, de 'Ham et de Yapheth, telle qu'elle est si bien exposée et définie dans la Genèse, ne comprend, on vient de le voir, qu'une seule des races humaines, la race blanche, dont elle nous présente les deux divisions principales, sémitique ou syro-arabe et aryenne ou indo-européenne, avec la sous-race égypto-berbère, qui est certainement sortie de son métissage avec la race noire, et chez qui les caractères anatomiques, ainsi que tout ce qui, sauf la couleur, constitue le type physique extérieur, montre que c'est le sang blanc qui prédomine, qu'il s'agit en réalité de blancs modifiés par des alliances étrangères et des influences de milieu. Les trois autres races, jaune, noire et rouge, n'ont pas de place dans le tableau que donne la Bible des peuples issus de Noa'h. On ne saurait s'en étonner pour ce qui est de la première et de la troisième. Le rédacteur inspiré du livre de la Genèse ne pouvait parler aux hommes de son temps que des nations dont ils avaient connaissance.

1D'après les sculptures de Médinet-Abou.