L'annamite;
Le cambodgien ou khmer;
Le môn, parlé par les habitants du delta de l'Iraouaddy;
Le groupe des langues myamma, dont le barman est le type le mieux connu;
Le thaï ou siamois;
Le groupe des langues himalayennes, parlées par les descendants de quelques tribus primitives du nord de l'Inde, refoulées par l'invasion aryenne dans les vallées de l'Himalaya;
Le thibétain.
Malgré l'origine évidemment apparentée, et quelquefois de fort près, des populations qui en font usage, tous ces idiomes se montrent absolument irréductibles dans leurs racines et dans le système de leur construction syntaxique, de l'ordre de position qui y assigne au mot invariable sa valeur catégorique dans la phrase. C'est ce qui prouve combien, comme nous le disions plus haut, dans cet état du langage les divergences individuelles du parler de tel ou tel peuple arrivent vite à produire une diversité que la science est impuissante à ramener à une unité primitive.
«Le moindre changement dans le ton ou accent du mot monosyllabique donnant naissance à un autre mot, dit M. Maury, la prononciation de tels mots a dû rester invariable pour que le langage fût intelligible; c'est ce que montre le chinois. Il n'y a point de combinaisons phonétiques, ou, comme on dit, de phonologie. Le même caractère appartient plus ou moins à toutes les langues transgangétiques. Cependant, dans le siamois, commence à se manifester une disposition à appuyer ou à traîner sur la dernière partie du groupe composé de plusieurs mots juxtaposés. Ce prolongement du second des deux mots en composition est le point de départ du dissyllabisme; il est manifeste dans le cambodgien. Le barman forme le passage des langues monosyllabiques ou à sons non liés, aux langues dans lesquelles les sons se lient. Presque tous ses mots sont monosyllabiques; mais ils sont susceptibles de se modifier dans leur prononciation, de façon à se lier aux autres mots et à rendre le langage plus harmonieux.» Nous saisissons là sur le fait la transition de l'état isolant à l'état d'agglutination.
Le système morphologique commun qui caractérise la classe des langues agglutinantes, consiste en ce que le mot n'est plus composé de la racine seule, mais formé de l'union de plusieurs racines. Dans cette juxtaposition, arrivée jusqu'à une union intime, une seule des racines agglutinées ou agglomérées entre elles garde sa valeur réelle; les autres voient leur signification individuelle s'amoindrir, passer au second rang; elles ne servent plus qu'à préciser le mode d'être ou d'action de la racine principale, dont la signification primitive est conservée. Nous y avons ainsi une nombreuse série de particules monosyllabiques indiquant toutes les catégories du langage, toutes les notions de relation possibles entre les mots dans la phrase. Ces particules viennent se coller au radical, qui demeure invariable, le plus souvent en s'y postposant, mais aussi chez quelques idiomes en s'y préfixant; elles déterminent ainsi grammaticalement le radical en allongeant le mot presque indéfiniment, mais sans aucune fusion ou contraction, soit entre elles, soit avec le radical primitif.