Le groupe ougro-finnois est le plus riche de tous et celui qui joue le premier rôle dans l'étude des langues altaïques. M. 0. Donner le subdivise en cinq rameaux ou sous-groupes:
Finnois, comprenant: le suomi ou finnois, parlé par la grande majorité de la population de la Finlande; le karélien, dont le domaine s'étend au nord jusqu'au territoire lapon, au sud jusqu'au golfe de Finlande et au lac Ladoga, à l'est jusqu'à la mer Blanche et au lac Onéga; le vêpse et le vote, subdivision de l'ancienne langue tchoude, répandue primitivement sur toute la Russie du nord, mais aujourd'hui resserrée sur un territoire étroit et très morcelé, au sud du lac Onéga; l'esthonien, divisé en deux dialectes, dont le territoire comprend l'Esthonie et le nord de la Livonie; le krévien et le live, actuellement restreints à d'étroits cantons de la Courlande;
Lapon, occupant géographiquement l'extrême nord-ouest de la Russie, et l'extrême nord de la Suède et de la Norvège; on y distingue quatre dialectes;
Permien, où se groupent le zyriainien, le permien et le votiaque, parlés dans l'ancienne Biarmie ou pays de Perm, au voisinage de la Kama;
Bulgare, représenté par le mordvine et le tchérémisse, qui sont encore les idiomes d'environ 900,000 individus dans la vallée du Volga; l'ancien bulgare, aujourd'hui disparu et à la place duquel les descendants des Bulgares établis dans la péninsule danubienne ont adopté une langue slave, appartenait à ce groupe;
Ougrien, qui conserve son unité malgré l'énorme distance géographique séparant aujourd'hui les populations qui en emploient les idiomes, puisque ce rameau comprend à la fois le magyar, transplanté depuis dix siècles en Hongrie, puis le vogoul et l'ostiaque, langages de tribus singulièrement barbares et clair-semées, habitant dans le bassin de l'Obi, au nord-est de la Sibérie. Car un des peuples les plus grands et les plus civilisés de l'Europe est, par la race et par la langue, le frère de peuplades qui, n'ayant pas été favorisées par les mêmes circonstances historiques, sont restées ou retombées dans la plus abjecte barbarie, fait qui doit mettre en garde contre ce qu'ont de trop absolu les systèmes de philosophie de l'histoire qui font tout dépendre de la race et de ses aptitudes géniales.
Le groupe turco-tartare est celui qui offre le type le plus frappant peut-être des idiomes agglutinants, celui dont la structure grammaticale est restée le plus transparente. L'agglutination n'y tourne pas, comme dans les idiomes ougro-finnois, à une sorte de semi-flexion par la corrodation des éléments qui s'accolent au radical. Le groupe turc ou turco-tartare, parlé par des populations intermédiaires entre les races blanche et jaune, qui ont eu leur berceau historique commun dans l'Altaï et se sont dispersées depuis les bords de la Méditerranée jusqu'à ceux de la Léna, en Sibérie, mais en gardant leur centre et leur foyer dans le Turkestan, se subdivise en cinq rameaux ou en cinq grandes langues, présentant chacune un certain nombre de dialectes dérivés:
Le yakoute, parlé par une population qui compte actuellement 200,000 âmes et, d'émigrations en émigrations, a fini par s'établir au milieu des tribus tongouses, dans le nord-est de la Sibérie;
L'ouigour, dont les dialectes sont le kirghiz, le karakalpak, le tatare de la vallée de l'Ili, le turc de la Dzoungarie; l'ouigour proprement dit a atteint de bonne heure un haut degré de culture littéraire; il s'écrivait encore au ve siècle de notre ère, au témoignage des écrivains chinois, avec un système graphique original, perdu depuis lors et remplacé, sous l'influence des missionnaires nestoriens, par un système dérivé de l'alphabet syriaque, et qui est devenu à son tour la source de ceux des Mandchous, des Kalmouks et des Mongols;
Le djagataï ou turc oriental, qui se subdivise en: kongrat, dialecte de Taschkend, Khiva et Balkh; khorazmien ou uzbek et koman, idiome parlé par un peuple de ce nom, actuellement éteint, mais dont les traces subsistent dans un patois de la Hongrie; suivant Anne Comnène, ce dernier idiome était également parlé par les Petchénègues;