Le kiptchak, se divisant en: nogaï ou turc de la Crimée et du Daghestan, lingua ugaresca du moyen âge; baschkir, boukhare, turcoman, turc de Kazan, turc d'Astrakhan, turc d'Orembourg, barabint; le tchouvache, parlé par des îlots de population au milieu du domaine des idiomes bulgares, en est encore un dialecte, mais il a pris dans son isolement une originalité plus prononcée;

L'ottoman ou turc d'Europe, auquel on réserve aussi la désignation absolue de turc, sans épithète.

Plusieurs de ces idiomes ou dialectes ont été adoptés par des peuples qui ne sont pas de race turque, tels que les Baschkirs et les Barabints; en même temps les Osmanlis, par suite de leurs mélanges continus avec des peuples de race blanche, ont complètement perdu, malgré leur origine historique, le type physique turc. L'ottoman est, de tous les idiomes turcs, le plus élaboré; mais comparé aux langues ougro-finnoises, il est généralement simple, se distingue par une idéologie plus générale et plus développée.

Les deux groupes mongol et tongouse ont en commun une grande pauvreté de formes grammaticales; ainsi aucun des idiomes qui les composent ne suffixe les pronoms au verbe pour en former des personnes; le bouriate seul, dans le groupe mongol, a atteint ce point de développement de la conjugaison.

Les langues du groupe mongol sont: le mongol proprement dit ou oriental, parlé dans la Mongolie, c'est-à-dire dans la partie centrale du nord de la Chine; le kalmouk ou eulet, qui a pénétré en Russie, par suite d'une émigration de nomades, jusque sur la rive gauche de la mer Caspienne, vers l'embouchure du Volga; enfin le bouriate, dont le territoire est dans les environs du lac Baïkal.

Celles du groupe tongouse sont: le tongouse, usité des peuplades de ce nom dans la Sibérie centrale; le lamoute, langage des tribus de même race qui habitent au bord de l'océan Pacifique, touchant aux Kamtchadales; le mandchou, dont le domaine occupe l'extrémité nord-est de l'empire chinois. Ces trois idiomes ne se sont séparés qu'après une assez longue période de développement grammatical commun.

Le groupe japonais est peut-être celui dont la séparation du reste de la famille s'est le plus prononcée, à tel point qu'il est encore beaucoup de linguistes qui se refusent à l'y inscrire. En effet, le japonais, sous sa forme moderne, a perdu un grand nombre des caractères qui affirmaient le plus clairement son affinité avec les idiomes altaïques; mais ils se sont mieux conservés dans le yamato, langue sacrée qui est encore parlée devant le daïri. Le coréen est trop imparfaitement connu pour que l'on puisse déterminer avec certitude s'il doit être groupé avec les langues tongouses ou avec le japonais.

Une partie des idiomes de la famille ougro-japonaise ou altaïque, ceux des groupes mongol, mandchou et japonais, sont usités par des peuples qui offrent dans toute leur pureté les caractères physiques de la race jaune; les autres appartiennent aux peuples que nous avons classés dans la sous-race altaïque, née d'un métissage de blanc et de jaune, et offrant toute la série des intermédiaires entre ces deux types extrêmes.

Il y a de fortes différences pour le fond du vocabulaire entre les différents groupes de la famille, ou du moins on n'a encore fait que peu d'efforts vraiment scientifiques pour les ramener à un système de racines communes. Ils sont aussi parvenus à des degrés inégaux de développement. Malgré ces divergences, l'unité de la famille et sa descendance d'une même souche sont attestées par la communauté de caractères trop importants pour laisser place au doute. C'est d'abord l'identité du mécanisme grammatical agglutinatif, procédant d'après les mêmes procédés dans tous les groupes, au moyen de postpositions ou de suffixes. Les idiomes des groupes mongol et mandchou séparent encore, en écrivant, les particules de relation postposées; mais ce n'est là qu'une question d'habitudes graphiques, influencée par le voisinage du chinois monosyllabique et isolant; les idiomes turcs n'usent que rarement de cette méthode; mais les ougro-finnois s'en abstiennent. Ces particules, en effet, forment dans la réalité des parties du mot composé et en sont inséparables; dans le groupe ougro-finnois elles tendent à se transformer en flexions. Comme principe syntaxique commun à la famille dans toutes ses divisions, nous devons noter que le mot régi, précède invariablement celui dont il dépend; ainsi le génitif a le pas sur son sujet, le régime a le pas sur son verbe.

Mais le trait commun le plus capital et le plus caractéristique des langues altaïques appartient au domaine de la phonologie et constitue ce qu'on appelle l'harmonie vocalique. C'est un besoin d'homophonie dans la vocalisation, qui est particulier à ces langues, et qui conduit à imposer une harmonie dans les syllabes des radicaux auxquelles sont jointes des voyelles finales, ainsi qu'une transformation euphonique des voyelles chez les particules suffixes. Les différents sons vocaux sont répartis en trois classes: fortes, faibles et neutres, ces dernières susceptibles de s'harmoniser indifféremment avec les fortes et les faibles; toutes les voyelles d'un mot, qui suivent celle de la syllabe principale, doivent être ramenées à la même classe que la voyelle de cette syllabe. De là des règles de permutation qui varient avec chaque idiome, mais dont le principe et le fond restent les mêmes. Dans l'application de l'harmonie vocalique, il y a une certaine variété, qui la rend plus ou moins absolue. L'harmonie peut s'étendre au mot entier ou être restreinte aux suffixes; elle peut s'appliquer à tous les mots ou n'affecter que les mots simples, ceux qui ne sont pas composés. En turc, par exemple, tout mot doit être harmonique, de même qu'en mandchou, en mongol, en suomi, en magyar, tandis qu'en mordvine et en zyriaine les seules voyelles sensibles sont les voyelles des désinences. En magyar, les mots composés conservent leurs voyelles originaires.