Le néo-punique, dont les monuments appartiennent à la région nord-africaine et datent de la fin de la République romaine, ainsi que du temps de l'Empire; c'est un jargon profondément corrompu, qui est au phénicien classique comme le çabien aux autres dialectes araméens, car ses altérations phonétiques ont tout à fait le même caractère;

Le liby-phénicien de l'Espagne méridionale, dont nous ne savons que très peu de chose, car ce que nous en possédons se réduit à quelques légendes de monnaies frappées sous la République romaine.

Quant au groupe méridional des langues de la famille sémitique, il se divise de son côté en deux rameaux, que nous qualifierons d'ismaélite et de yaqtanide ou qa'htanide.

L'arabe constitue à lui seul le premier rameau. Grâce à la propagation de l'islamisme et à l'influence du Qoran, cet idiome qui était originairement propre aux tribus d'origine ismaélite, s'est répandu de la Babylonie à l'extrémité du Maroc, de la Syrie au Yémen; il se parle actuellement dans la vallée du Nil jusqu'à Dongola et au Qordofan. C'est une langue d'une remarquable richesse grammaticale, qui, dans les recherches sur la grammaire comparée des langues sémitiques, joue un rôle presque comparable à celui du sanscrit dans l'étude des langues aryennes. Son vocabulaire, d'une incroyable variété, a reçu des mots de tous les langages indigènes de la vaste étendue de pays où il s'est imposé avec une religion nouvelle. On distingue l'arabe littéral et l'arabe vulgaire. La première de ces expressions a été très bizarrement adoptée pour désigner la langue littéraire, que le Qoran a immobilisée et qui avait été aussi employée par les poètes classiques de l'âge qui a précédé immédiatement Mo'hammed. L'arabe vulgaire est la langue telle qu'on la parle depuis plusieurs siècles. Ce n'est, du reste, pas autre chose que l'arabe littéral simplifié par l'effet du temps et de la disposition populaire à ne pas conserver une grammaire trop savante. La principale différence entre les deux consiste en ce que l'arabe vulgaire a perdu les flexions casuelles que la langue littéraire conservait soigneusement; ceci l'a conduit à prendre une allure analytique. L'arabe vulgaire présente quatre dialectes: ceux d'Arabie, de Syrie et d'Egypte, puis le maghreby ou dialecte de l'Afrique septentrionale. Les trois premiers sont fort peu distincts l'un de l'autre; ils ont chacun une certaine quantité de locutions propres, de termes particuliers, et ils diffèrent dans la prononciation de quelques lettres; mais là s'arrête leur diversité. Le maghreby offre quelques divergences grammaticales; elles ne sont pas assez considérables, toutefois, pour que ce dialecte ne soit pas compris aisément dans tous les pays où règnent les autres.

Le maltais est un dialecte d'origine arabe, devenu un jargon grossier, plein de véritables barbarismes, et que les mots d'origine étrangère ont largement pénétré. Il en était de même du mozarabe du midi de l'Espagne, qui n'a achevé de s'éteindre qu'au siècle dernier.

L'arabe a fourni un grand nombre de mots à certaines langues de l'Europe et de l'Asie. Les idiomes iraniens actuels, entre autres le persan, ont admis dans leur vocabulaire, sous l'action de l'islamisme, une foule de mots arabes; le turc ne lui en a pas moins emprunté: quelques-unes des langues de l'Inde moderne possèdent également une quantité de vocables de la même origine. Enfin, parmi les idiomes européens, les langues néo-latines, surtout l'espagnol et le portugais, lui ont fait des emprunts, les uns directs, les autres indirects. En français même, nous avons quelques mots d'origine arabe, tels que «coton» de qoton, «tasse» de tass, «chiffre» de çifr, «jarre» de djarra, «sirop» de scharab, «algèbre» de al-djebr, «cramoisi» de qirmezy, «mesquin» de meskîn, etc.

Le safaïte, connu par les inscriptions du désert de Safa, à l'est de Damas, et le thémoudite, dont on possède aussi quelques lambeaux épigraphiques, recueillis sur la côte du Tihama, sont des dialectes antiques qui paraissent avoir tenu de très près à l'arabe. Ils s'écrivaient avec des alphabets d'origine sabéenne.

Le rameau yaqtanide ou qa'htanide, le dernier dont il nous reste à parler, embrasse les anciennes langues de l'Arabie Méridionale et celles qui sont aujourd'hui vivantes dans l'Abyssinie.

Les anciens idiomes du midi de la péninsule arabique sont encore de ceux que les inscriptions seules nous ont conservées. Mais ces inscriptions sont nombreuses; les courageuses explorations de D'Arnaud et de M. Joseph Halévy en ont acquis à la science une quantité considérable, qui a permis d'établir dès à présent les principaux linéaments de la grammaire de ces langues. On en compte, du reste, quatre, nettement différentes, dans les textes épigraphiques que l'on possède jusqu'ici:

Le sabéen ou 'himyarite, idiome du Yémen proprement dit; c'est celle dont on a le plus d'inscriptions, dont la grammaire est la mieux connue, par conséquent, que l'on doit prendre comme le type du groupe;