Le 'hadhramite ou dialecte antique du 'Hadhramaout, remarquable par la similitude de ses pronoms avec ceux de l'assyrien;
Le minéen, dont la patrie était au nord-est du Yémen.
L'e'hkily, parlé dans le pays de Mahrah, est le seul représentant actuellement vivant de ces anciens idiomes sud-arabiques. On ne le connaît, du reste, que de la façon la plus imparfaite.
En Abyssinie nous rencontrons le ghez, appelé quelquefois d'une manière tout à fait impropre éthiopien. C'est une langue qui a eu jadis une culture littéraire considérable, depuis la conversion de la contrée au christianisme, dans le ive siècle, jusqu'au xvie. Tombé complètement en désuétude dans l'usage populaire, le ghez reste une langue savante et liturgique; mais dans l'état d'abaissement où est tombé l'Église chrétienne d'Abyssinie, cet idiome n'y est plus sérieusement cultivé. C'était une langue fort développée; elle possédait, comme l'arabe, le mécanisme des pluriels internes ou brisés, et conservait encore certaines désinences terminales perdues par l'hébreu et l'araméen. Son verbe était plus riche en voix dérivées que celui d'aucune autre langue de la famille sémitique.
Plusieurs dialectes, étroitement apparentés au ghez, mais altérés par un mélange considérable d'éléments africains indigènes, sont encore aujourd'hui parlés en Abyssinie. Les trois principaux sont l'amharique, dans le sud-ouest du pays, le tigré dans le nord, et le hararî dans le sud-est.
Toutes les langues que nous venons de passer brièvement en revue constituent une famille très homogène, et ne se ramifient, pas en ces branches nombreuses que l'on remarque dans les autres familles linguistiques. Les radicaux y sont invariablement composés de deux syllabes, dont la charpente offre toujours trois consonnes. C'est ce qu'on appelle le système de la trilitéralité. Le monosyllabisme primitif ne se retrouve que fort difficilement sous cette forme inflexible, qu'ont revêtue les éléments fondamentaux du langage. Cependant il est aujourd'hui certain que les radicaux trilitères des idiomes syro-arabes procèdent de racines originairement bilitères. Le procédé de leur transformation n'est pas complètement éclairci, mais on commence à l'entrevoir, et le jour n'est peut-être pas éloigné où l'on pourra restituer avec certitude les anciennes racines sémitiques, étude pour laquelle on trouvera le secours le plus puissant dans la connaissance des racines 'hamitiques ou égypto-berbères. Les traditions sacrées des Phéniciens avaient conservé le souvenir du travail qui avait transformé les racines du langage, de bilitères et monosyllabiques en trilitères et dissyllabiques, car dans les fragments du livre que Philon de Byblos avait traduit en grec du phénicien de Saqoun-yathôn (Sanchoniathon), l'on trouve que «l'inventeur du système des trois lettres fut Eisiris (Isir=Osir), frère de Chnâ (Kena'an) qui est surnommé Phoenix.»
Les idiomes syro-arabes ou sémitiques sont essentiellement analytiques; au lieu de rendre dans son unité l'élément complexe du discours, ils préfèrent le disséquer et l'exprimer terme à terme. Dans tous se manifeste une disposition marquée à accumuler l'expression des rapports autour de la racine essentielle. C'est ce que l'on observe particulièrement en hébreu. Ces langues participent donc encore des idiomes d'agglutination, bien qu'elles soient déjà très nettement à l'état de langues à flexions. Le sujet, le régime pronominal, les conjonctions, l'article, n'y forment qu'un seul mot avec l'idée même; l'idée principale se voit comme circonscrite de particules qui en modifient les rapports, et qui forment alors des dépendances.
Les mots du dictionnaire offrent une très intime ressemblance entre les différentes langues de la famille sémitique. Ce qui a beaucoup contribué au maintien de cette étroite homogénéité dans la famille, c'est que les idiomes qui la composent n'ont jamais eu la puissance de végétation propre, qui a porté les langues indo-européennes ou aryennes à se modifier sans cesse, par un développement continu. Leur moule est resté le même, et, suivant la juste expression de M. Renan, elles ont moins vécu que duré. Ce cachet d'immutabilité distingue au plus haut degré les langues sémitiques; elles ont eu une grande puissance de conservation, qui tenait à la forme très arrêtée de la prononciation des consonnes, laquelle les a défendu contre les altérations résultant de l'adoucissement des articulations et des échanges qui s'opèrent bientôt entre elles. Il semble vraiment qu'une disposition spéciale de la Providence leur ait communiqué cette faculté de conservation immuable en vue du rôle particulier qu'avait à remplir l'une d'elles, en conservant sans altérations au travers des siècles le livre inspiré où étaient déposés les principes des vérités religieuses.
§ 7.--LES LANGUES ARYENNES
La grande famille des langues indo-européennes ou aryennes a été aussi quelquefois qualifiée de japhétique, parce que tous les peuples qui en parlent ou en ont parlé les idiomes appartiennent foncièrement à ce rameau ethnique de la race blanche que la Genèse rattache à la descendance de Yapheth. Ces langues sont très nombreuses, car elles avaient une force interne de végétation qui leur a fait subir des développements, des progrès et des changements incessants, dans l'espace et dans le temps. Ce sont celles où le mécanisme des flexions est le plus complet, le plus développé, sans qu'il y reste aucun vestige actuel de l'agglutination originaire.