Dans la première division il faut compter deux groupes: indien et iranien.

Dans la seconde il faut en reconnaître quatre: pélasgique ou gréco-italique, celtique, germanique et letto-slave.

Le sanscrit forme la base du groupe indien; c'est l'idiome sacré de la religion et de la science des Brahmanes. Parlé il y a plus de vingt siècles, il a vécu ensuite comme langue littéraire, et il doit à cette longue existence d'être devenu le type le plus parfait d'une langue à flexions, ainsi que l'indique la signification même du nom que les Indiens lui ont donné, sanskrta, c'est-à-dire «ce qui est achevé en soi-même.» Cette langue sonore, très riche en articulations, que l'improvisation poétique a singulièrement assouplie, est désignée par ceux qui l'écrivent sous le nom de «langue des dieux,» sourabâni, de même que son alphabet est appelé «écriture des dieux,» dêvanâgari. La grammaire sanscrite est une des plus riches qui se puissent rencontrer: ses formes les plus anciennes nous sont offertes par le recueil d'anciens hymnes appelés Rig-Vêda, ses plus modernes se trouvent dans les Pourânas ou légendes poétiques, dont la rédaction ne remonte pas, pour quelques-uns, plus haut que la fin du moyen âge.

C'est le sort commun de toutes les langues de s'altérer avec le temps. Les mots se raccourcissent et s'élident; ils s'usent, pour ainsi dire, comme les objets, par le frottement. La forme synthétique de la phrase disparaît graduellement en totalité ou en partie, et les éléments grammaticaux, les parties du discours se dégagent pour constituer dans la phrase des mots séparés. Ces mots eux-mêmes se coordonnent et se disposent suivant les besoins de la clarté et de l'harmonie. Ce travail s'est opéré dans toutes les langues issues de la souche sanscrite.

L'idiome que l'on peut considérer comme sorti le premier du sanscrit est le pâli, parlé jadis à l'orient de l'Hindoustan, et dont la littérature commença à se constituer trois siècles avant notre ère. Il a laissé de cette époque des monuments gravés, sur des colonnes et sur des rochers, par les rois bouddhistes de l'Inde. Devenu la langue des livres de la religion du Bouddha, le pâli fut chassé de l'Inde avec elle, et porté à l'état d'idiome sacré par le prosélytisme des fugitifs à Ceylan, dans le Maduré, dans l'empire Barman et dans l'Indo-Chine.

Les dialectes prâcrits constituent une seconde génération. Le nom de prâkrta signifie «inférieur, imparfait,» et a été donné aux idiomes qui constituaient le langage vulgaire de l'Inde dans les siècles immédiatement antérieurs à l'ère chrétienne. Ces dialectes nous ont été particulièrement conservés par les drames indiens, où ils sont mis dans la bouche des personnages inférieurs. Les langues néo-indiennes sont une dérivation directe des anciens dialectes prâcrits ou populaires. On en compte un assez grand nombre, toutes restreintes à des provinces déterminées, d'où elles tirent leurs noms. Les principales sont: à l'est le bengali, l'assami et l'oriya; à l'ouest le sindhi, le moultani et le goujerati ou gouzarati; au nord le nepali et le kachmirien; au centre l'hindi et l'hindoustani, appelé également ourdou; au sud le mahratte. La plupart de ces idiomes ont commencé à prendre la forme que nous leur voyons aujourd'hui, vers le xe siècle de l'ère chrétienne.

Dans cette variété d'idiomes, l'hindoui, dont la patrie originaire était dans la région centrale de l'Inde du Nord, de l'Hindoustan proprement dit, s'éleva vers cette époque au rôle de langue littéraire, de langage commun écrit et cultivé, rôle dont ont hérité ses deux dérivés, l'hindi et l'hindoustani. On a dit avec juste raison que l'hindi n'est que de l'hindoui revêtant une forme plus moderne. Quant à l'hindoustani, c'est sous l'influence musulmane qu'il s'est formé; aussi son vocabulaire est plein de mots arabes et persans, et, à la différence des autres idiomes néo-indiens dont les alphabets procèdent du dêvanâgari, il s'écrit avec les caractères persans, c'est-à-dire avec l'alphabet arabe augmenté de quelques signes.

Il faut encore joindre aux langues néo-indiennes le tzigane, idiome de cette race étrange, originaire de l'Inde, qui erre en nomade au travers de l'Europe, et qu'on désigne, suivant les pays, par les noms de Zigeuner, Zingari, Gitanos, Bohémiens ou Gypsies. Leur langage est, du reste, bien plus corrompu qu'aucun autre de ceux auxquels il est apparenté. Il s'est pénétré d'une quantité de mots empruntés aux langues de tous les pays que le peuple bizarre qui le parle a traversés dans le cours de sa longue migration.

Les deux types les plus anciens que nous possédions du groupe iranien sont le zend et le perse. Le zend est l'idiome des livres sacrés attribués à Zarathoustra (Zoroastre) et désignés par le nom commun de Zend-Avesta; le dialecte des Gâthâs, ainsi nommé d'après certains morceaux du recueil avestique qui nous l'ont conservé, paraît en représenter la forme la plus ancienne. Le perse est connu par les inscriptions cunéiformes des monarques Achéménides. Il a été longtemps admis dans la science que le zend était l'ancien idiome de la Bactriane, qu'il constituait l'iranien oriental et le perse l'iranien occidental. Mais d'autres savants tendent à admettre aujourd'hui que c'est la Médie, et spécialement la Médie Atropatène, qui a été le berceau de la langue zende et de la réforme religieuse du zoroastrisme. C'est là une question fort obscure encore et dont nous devons reporter l'examen au livre de cette histoire qui traitera spécialement des Mèdes.

Quoiqu'il en soit, les langues iraniennes sont encore très rapprochées du sanscrit. En général, leur phonétique est moins compliquée, moins délicate que celle des idiomes indiens, quoique, sous bien des rapports, elle lui soit comparable. Le zend et le perse l'emportent même parfois sur le sanscrit, en ce qu'ils se rapprochent davantage de l'aryaque ou de la langue mère des idiomes indo-européens. Ainsi, tandis que le sanscrit convertit en un simple ô la diphtongue primitive au, le perse la conserve telle quelle et le zend ne fait que la changer en ao; tandis que le sanscrit remplace par le génitif le vieil ablatif en at, sauf lorsqu'il s'agit d'un thème se terminant par la voyelle a, le zend conserve toujours cette ancienne désinence. Un des traits caractéristiques des langues anciennes de ce groupe est la transformation en h du s aryaque, que le sanscrit conserve intact.