Le zend n'a pas enfanté par sa décomposition de progéniture connue, qu'on puisse lui rattacher avec certitude. Ce que l'on appelle quelquefois le pazend ne diffère pas du parsi, idiome sorti de la modification populaire du perse dans les premiers siècles de l'ère chrétienne et formé dans les provinces orientales de l'Iran, tandis que dans les provinces occidentales régnait le pehlevi, dont nous parlerons tout à l'heure. Le parsi a vécu assez tard et a été à la fois langue littéraire et langue vulgaire. De sa décomposition ont été produits à leur tour le persan moderne et le guèbre. Ce dernier est l'idiome parlé des descendants des sectateurs du mazdéisme, réfugiés dans l'Inde pour échapper aux persécutions musulmanes. Quant au persan, qui possède une riche et brillante littérature, il est né vers le xie siècle, dans la province de Fars ou Farsistan, d'une réaction du génie national se produisant au sein de l'islamisme; sa phraséologie est donc pénétrée de locutions arabes et turques, malgré la façon dont l'ont développé et perfectionné plusieurs générations de grands poètes, sous les dynasties indépendantes de la Perse du moyen âge. L'aire géographique du persan a été depuis plusieurs siècles en se resserrant toujours; cette langue s'est vue chassée successivement par le turc du Schirwan, de l'Arran et de l'Adherbaidjan où on le parlait autrefois. Elle présente quelques dialectes, comme le mazenderani, le lour, le khoraçani.
Le kurde et le béloutchi sont des idiomes iraniens modernes, qui tiennent de très près au persan, mais sont plus altérés et ont subi de forts mélanges étrangers. Il en est de même de l'afghan ou pouschtou, d'un caractère rude et barbare, qui lui a valu en Perse le sobriquet de «langue de l'enfer.» L'afghan a cependant une physionomie assez particulière pour que certains linguistes aient voulu en faire le type d'un groupe spécial, intermédiaire entre l'iranien et l'indien. C'est probablement le descendant direct du véritable iranien oriental ou idiome de la Bactriane, aujourd'hui perdu et différent du zend.
Le huzwaresch ou pehlevi est une sorte d'idiome mixte, né dans la partie la plus occidentale de l'Irân d'une infiltration de l'araméen dans le langage indigène. Sa phonétique, sa grammaire, son lexique sont pénétrés d'éléments araméens, qui y tiennent une énorme place. On discerne les premiers vestiges de sa naissance dès les derniers temps de la monarchie des Achéménides, en même temps que le perse se décompose. Mais c'est surtout dans les siècles de la période macédoniene et de la période parthe qu'il achève de se former. Divisé en plusieurs dialectes, qui se distinguent surtout par la quantité plus ou moins forte d'éléments araméens qu'ils renferment, le pehlevi a été la langue politique officielle de la cour et de l'administration des Sassanides. C'est vers les derniers temps de ces princes que l'on traduisit en pehlevi les livrés du Zend-Avesta, dont le texte zend commençait à n'être plus compris. Quant au précieux traité cosmogonique mazdéen intitulé Boundéhesch, auquel nous avons fait de nombreux emprunts dans notre livre précédent, si les traditions qu'il renferme sont pour la plupart anciennes et réellement indigènes, sa rédaction ne remonte pas plus haut que le moyen âge. Aussi remarque-t-on dans sa langue de nombreux arabismes, qui se surperposent aux aramaïsmes du pehlevi plus ancien.
L'arménien est un idiome du groupe iranien, qui s'est formé parallèlement au zend et au perse. Aucun monument ne nous en fait connaître jusqu'ici la forme ancienne, que l'on ne parvient à restituer que théoriquement. C'est seulement au ve siècle de notre ère que débute la littérature arménienne, avec la conversion du pays au christianisme et la création d'un alphabet indigène par St-Mesrob. L'âge d'or de l'arménien, inauguré alors, a duré environ 700 ans, jusqu'au commencement du xiie siècle. La littérature religieuse, poétique et historique de l'arménien fut féconde, ses dialectes assez nombreux, et l'un d'eux, celui de la province d'Ararat, s'éleva bientôt au rang de langue littéraire. Aujourd'hui encore les dialectes arméniens vulgaires sont nombreux et ne peuvent en aucune façon être considérés comme des patois de l'idiome littéraire. Celui-ci, tout au contraire, s'est immobilisé, et les dialectes actuels ne sont que des formes plus modernes des anciens dialectes. Dès le xie siècle, on les employait déjà dans le langage écrit, aux dépens de la langue littéraire classique.
Un dernier idiome rentrant dans le groupe iranien est l'ossète, parlé par une petite nation au centre de la chaîne du Caucase, et divisé en plusieurs dialectes malgré le peu d'étendue actuelle de son territoire. Les Ossètes ou Irons paraissent avoir été désignés, avec des tribus voisines, sous le nom d'Albaniens par les Grecs et sous celui d'Agovhans par les auteurs arméniens.
«Le groupe gréco-latin, dit M. Maury, comprend la plus grande partie des langues de l'Europe méridionale. L'épithète de pélasgique le caractérise assez clairement, car la Grèce et l'Italie furent peuplées d'abord par une race commune, les Pélasges, dont l'idiome paraît avoir été la souche du grec et du latin.
La première de ces langues n'est point en effet la mère de l'autre, comme on l'avait cru dans le principe; ce sont simplement deux soeurs, et si l'on devait leur assigner un âge différent, la langue latine aurait des droits à être regardée comme l'aînée. Cette langue, en effet, présente un caractère plus archaïque que le grec classique. Le dialecte le plus ancien de l'idiome hellénique, celui des Éoliens, ressemble au latin bien plus que les dialectes plus récents du grec. Le latin n'a en aucune façon le caractère d'une langue due à la décomposition d'une autre plus ancienne ou à son mélange avec d'autres. Elle porte à un haut degré le caractère synthétique des idiomes anciens. Les éléments grammaticaux n'y ont point encore été séparés en autant de mots différents, et la phraséologie, comme la conjugaison de son verbe et les formes les plus anciennes de ses déclinaisons, offrent une ressemblance frappante avec le sanscrit. Son vocabulaire contient une foule de mots dont la forme archaïque, qui nous a été conservée, est tout aryaque.»
Le latin appartient à un ensemble de langues, aujourd'hui disparues, qu'il absorba graduellement, avec l'extension de la puisance politique de Rome, et qui, après avoir encore subsisté quelques siècles comme patois, finirent par disparaître vers le commencement de l'ère chrétienne. Nous ne les connaissons guères, du reste, que par quelques inscriptions. De ce nombre étaient: le sabin, auquel le latin emprunta beaucoup de mots à l'origine; les idiomes sabelliques, tels que le marse et l'osque ou campanien, dont cette appellation ne désigne que très imparfaitement la vaste étendue géographique, car il était aussi le langage des Samnites, des Lucaniens et des Bruttiens; le volsque; le falisque; enfin l'ombrien, dont on possède un monument infiniment précieux, et d'un développement considérable, dans les célèbres Tables Eugubines, découvertes à Gubbio, l'antique Iguvium.
Toutes les tentatives faites jusqu'ici pour rattacher au rameau de ces langues italiques l'étrusque, qui nous a laissé une riche épigraphie, sont demeurées infructueuses. Le problème, toujours sans solution, de l'étrusque est un des plus irritants pour le linguiste, pour l'archéologue et pour l'historien. On lit matériellement cette langue avec une entière certitude, on en a de nombreuses inscriptions, dont quelques-unes bilingues (très courtes, il est vrai), et pourtant on n'arrive pas à la comprendre, à en établir la grammaire, ni même à en déterminer le caractère général. Il n'est pas du tout sûr encore que ce soit une langue indo-européenne; il n'est même pas sûr que l'on doive le classer parmi les langues à flexions et non parmi les langues agglutinantes, comme le pensent des philologues de la valeur de M. Deecke et de M. Sayce.
Le grec a passé, durant sa longue existence, qu'on ne saurait évaluer à moins de 3000 ans, par des modifications assez sensibles, moins profondes pourtant que celles qui s'observent pour d'autres langues de la même famille. Comprenant d'abord un assez grand nombre de dialectes, tels que l'éolien, le dorien, l'ionien, l'attique, le macédonien, il a été ramené à une forme unique sous l'influence de la culture littéraire. Le grec, parlé d'abord dans la Grèce, la Thessalie, la Macédoine et sur la côte de l'Asie Mineure, étendit peu à peu son domaine, par l'envoi de nombreuses colonies, et à la suite des conquêtes macédoniennes. «Il évinça, dit M. Maury, les idiomes nationaux de la Thrace et de l'Asie Mineure. Le thrace, dont on sait par Strabon que le gète et le dace n'étaient que des dialectes, tenait comme le scolote, le phrygien et le lycien, aux langues iraniennes. Le lydien paraît avoir subi, ainsi que le cilicien, l'influence des langues sémitiques. Sauf pour le lycien, qui nous est connu par des inscriptions, nous ne possédons qu'un petit nombre de mots de ces diverses langues, éteintes depuis deux mille ans environ. Le cappadocien se rapprochait plus du perse. Tous ces idiomes devaient former le passage du grec à l'arménien et au zend. Quant au carien et au mysien, il y a lieu de supposer qu'ils étaient aussi de la famille pélasgique.»