Note 79:[ (retour) ] Il a été ensuite transporté dans l'Atropatène des géographes classiques; Spiegel, Erdnische Alterthumskunde, t. I, p. 683.
Note 80:[ (retour) ] Commentaire sur le Yaçna, t. I, p. 239 et suiv., CXI et suiv., CLXXXI et suiv.
Nous voici donc reportés, par l'accord de la tradition sacrée et des plus respectables parmi les traditions profanes, au massif montueux de la Petite-Boukharie et du Thibet occidental, comme au lieu d'où sortirent les races humaines. C'est là que quatre des plus grands fleuves de l'Asie, l'Indus, le Tarîm, l'Oxus et l'Iaxarte prennent leur source. Les points culminants en sont le Beloustagh et le vaste plateau de Pamir, si propre à nourrir des populations primitives encore à l'état pastoral, et dont le nom, sous sa forme première, était Oupa-Mêrou, «le pays sous le Mêrou,» ou peut-être Oupa-mîra, «le pays auprès du lac,» qui lui-même avait motivé l'appellation du Mêrou. C'est encore là que certains souvenirs des Grecs nous forcent à tourner nos regards, particulièrement l'expression sacrée [Grec: meropes anthrôpoi], qui ne peut avoir voulu dire originairement que «les hommes issus du Mêrou.» Les souvenirs d'autres peuples sur la patrie d'origine de leurs ancêtres convergent aussi dans la même direction, mais sans atteindre le point central, oblitérés qu'ils sont en partie par l'éloignement. Les Chinois se disent issus du Kouen-lun. «Les tribus mongoles, remarque M. Renan, rattachent leurs légendes les plus anciennes au Thian-Chan et à l'Altaï, les tribus finnoises à l'Oural, parce que ces deux chaînes leur dérobent la vue d'un plan de montagnes plus reculé. Mais prolongez les deux lignes de migration qu'indiquent ces souvenirs vers un berceau moins voisin, vous les verrez se rencontrer dans la Petite-Boukharie.»
Ces lieux ayant été le berceau de l'humanité postdiluvienne, les peuples qui en avaient gardé le souvenir furent amenés par une pente assez naturelle à y placer le berceau de l'humanité antédiluvienne. Chez les Indiens, les hommes d'avant le déluge, comme ceux d'après le déluge, descendent du mont Mêrou. C'est là que se trouve l'Outtara-Kourou, véritable paradis terrestre. C'est là aussi que nous ramène, chez les Grecs, le mythe paradisiaque des Méropes, les gens du Mêrou, mythe qui, transporté jusque dans la Grèce, s'y localisa dans l'île de Cos. Les Perses dépeignent l'Airyana Vaedja, situé sur le mont Harâ Berezaiti, comme un paradis exactement semblable à celui de la Genèse, jusqu'au jour où la déchéance des premiers pères et la méchanceté d'Angrômainyous le transforme en un séjour que le froid rend inhabitable. La croyance à un âge de bonheur et d'innocence par lequel débuta l'humanité, est en effet, nous l'avons déjà dit, une des plus positives et des plus importantes parmi les traditions communes aux Aryas et aux Sémites. Il n'est pas jusqu'au nom même de 'Eden qui n'ait été à une certaine époque appliqué à cette région, car il se retrouve clairement dans le nom du royaume d'Oudyâna ou du «jardin,» près de Kaschmyr, arrosé précisément par quatre fleuves comme le 'Eden biblique. Il est vrai qu'étymologiquement et au point de vue de la rigueur philologique, 'Eden et Oudyâna sont parfaitement distincts; de ces deux noms l'un a revêtu une forme purement sémitique et significative dans cette famille de langues, l'autre une forme purement sanscrite et également significative. Mais c'est le propre de ces quelques noms de la géographie tout à fait primitive des traditions communes aux Aryas et aux Sémites, dont l'origine remonte à une époque bien antérieure à celle où les deux familles d'idiomes se constituèrent telles que nous pouvons les étudier, et dont l'étymologie réelle serait actuellement impossible à restituer, de se retrouver à la fois chez les Aryas et chez les Sémites sous des formes assez voisines pour que le rapprochement s'en fasse avec toute vraisemblance, bien que ces formes aient été combinées de manière à avoir un sens dans les langues des uns et des autres. Les plus anciennes traditions religieuses et les vieilles légendes du brahmanisme se rattachent au pays d'Oudyâna, qui certainement a été un des points où se sont localisées les traditions paradisiaques de l'Inde. Mais ce n'a été que par un déplacement vers le sud de la position du 'Eden primitif, qui était d'abord plus au nord, quand les habitants de cette région prétendirent posséder le Mêrou dans leurs monts Nischadhas, d'où les compagnons d'Alexandre-le-Grand conclurent que c'était là le Mêros ([Grec: mêros] «cuisse») de Zeus, où Dionysos avait été recueilli après le foudroiement de sa mère Sémélé. Il est à remarquer que Josèphe et les plus anciens Pères de l'Église furent conduits, par des raisons fort différentes de celles qui amènent la science moderne au même résultat, à placer le paradis terrestre du récit biblique à l'est des possessions sémitiques et même au delà, dans les environs de la chaîne de l'Imaüs ou Himalaya.
La description du jardin de 'Eden dans la Genèse est bien certainement un de ces documents primitifs, antérieurs à la migration des Hébreux vers la Syrie, que la famille d'Abraham apporta avec elle en quittant les bords de l'Euphrate, et que le rédacteur du Pentateuque inséra dans son texte, tels que la tradition les avait conservés. Il a trait à des pays dont il n'est plus question dans le reste de la Bible, et tout, comme dans d'autres morceaux placés également au début de la Genèse, y est empreint de la couleur symbolique propre à l'esprit des premiers âges. Dans le pays de 'Eden est un jardin qui sert au premier couple humain de séjour; la tradition se le représente sur le modèle d'un de ces paradis des monarques asiatiques, ayant au centre le cyprès pyramidal. Mais on ne saurait voir dans cette analogie un argument en faveur de l'opinion qui regarderait les récits relatifs au jardin de 'Eden comme empruntés par les Juifs aux Perses, vers le temps de la captivité. En effet, si le nom des paradis des rois de l'Asie est purement iranien, zend paradâeçô, le type de ces jardins, comme la plupart des détails de civilisation matérielle des empires de Médie et de Perse, tire son origine des usages des antiques monarchies de Babylone et de Ninive, aussi bien que la relation de ces paradis artificiels avec les données des traditions édéniques. Ce qui prouve, du reste, d'une manière à notre avis tout à fait définitive, la haute antiquité du récit de la Genèse sur le jardin de 'Eden et la connaissance qu'en avaient les Hébreux bien avant la captivité, c'est l'intention manifeste d'imiter les quatre fleuves édéniques, qui présida aux travaux de Schelomoh (Salomon) et de 'Hizqiahou (Ezéchias) pour la distribution des eaux de Yerouschalaïm, considérée à son tour comme le nombril de la terre [81], au double sens de centre du globe et de source des fleuves. Les quatre ruisseaux qui arrosaient la ville et le pied de ses remparts, et dont l'un s'appelait Gi'hon comme un des fleuves paradisiaques, étaient réputés sortir de la source d'eau vive qu'on supposait placée sous le temple. Et en présence de cette dernière circonstance nous n'hésitons pas à mettre, avec Wilford, le nom de la montagne sur laquelle avait été construit le temple, Moriah, nom qui n'a aucune étymologie naturelle dans les langues sémitiques, en rapprochement avec celui du Mêrou, le mont paradisiaque des Indiens, regardé aussi comme le point de départ de quatre fleuves.
Note 81:[ (retour) ] Ezech. V, 5.
En effet, suivant la Genèse, du pays de 'Eden sort un fleuve qui arrose le jardin, puis se divise en quatre fleuves. Le nom du premier est Pischon; il entoure toute la terre de 'Havilah, où se trouve l'or; l'or de ce pays est excellent; là aussi se trouve le bedola'h, le budil'hu des textes cunéiformes, c'est-à-dire l'escarboucle, et la pierre schoham, dont les documents assyriens nous ont fait connaître la véritable nature et qui est le lapis-lazuli. Le nom du second fleuve est Gi'hon: il entoure toute la terre de Kousch. Le nom du troisième fleuve est 'Hid-Deqel; il coule devant le pays d'Asschour. Le quatrième fleuve est le Phrath [82]. Le Boundehesch pehlevi contient une description toute pareille; et pourtant on ne saurait admettre ici un emprunt, ni de la Genèse aux traditions du zoroastrisme, ni du livre mazdéen à la Genèse; d'où il faut bien conclure que l'un et l'autre ont également puisé à une vieille tradition qui remontait réellement aux âges voisins de la naissance de l'humanité. En combinant les données du Boundehesch avec celles des livres zends, d'une rédaction beaucoup plus ancienne, on arrive à compléter les noms des quatre fleuves que les Iraniens admettaient comme sortant à la fois de l'Airyana Vaedja: l'Arang-roût, primitivement Rangha (l'Iaxarte), fleuve appelé aussi Frât; le Veh-roût, primitivement Vangouhi (l'Oxus); le Dei-roût ou antérieurement Arvand (le Tarîm) enfin le Mehrva ou Mehra-roût (l'Indus supérieur).
Note 82:[ (retour) ]Genes. II, 8-14
1Cette carte et les suivantes ont été dressées par M. J. Hansen, d'après les documents les plus récents.