Note 88:[ (retour) ] IV, 13.

1D'après un bas-relief du palais de Koyoundjik, conservé au Musée Britannique.

§ 6.--LE PATRIARCHE SAUVÉ DU DÉLUGE ET SES TROIS FILS.

Nous avons déjà fait remarquer plus haut que les narrations chaldéennes, telles que nous les connaissons par les fragments de Bérose et par le texte original déchiffré sur les tablettes cunéiformes du Musée Britannique, réunissaient, sur le personnage du juste sauvé du déluge, ce que la Bible raconte de Noa'h et de 'Hanoch. Après être sorti de son vaisseau et avoir offert le sacrifice de la nouvelle alliance, 'Hasis-Adra est enlevé par les dieux et transporté dans un lieu retiré, où il jouit du privilège de l'immortalité, de même qu'après 365 ans de vie où «il marcha avec Dieu, 'Hanoch ne fut plus vu, car Dieu l'avait pris [89]

Note 89:[ (retour) ] Genes., V, 24.

Le rénovateur de l'humanité après le cataclysme tient une place considérable dans les souvenirs traditionnels de la race aryenne [90], et le plus souvent il s'y confond avec le premier père du genre humain. La distinction des auteurs des deux humanités successives n'y apparaît un peu nettement que dans la formation du nom du Deucalion des Grecs, qui, étymologiquement, paraît avoir signifié «le second excellent, béni.» Dans le récit indien du déluge, le héros sauvé par la protection du poisson divin est Manou, dont le nom a été d'abord un terme désignant «l'homme» en général, en tant que «l'être intelligent, pensant,» avant de devenir l'appellation spéciale d'un personnage mythique. Ce Manou s'est modifié et multiplié plus tard sous diverses formes dans la mythologie indienne. Déjà le Rig-Vêda en distingue plusieurs, et, dans la suite, on en a compté jusqu'à sept, dont chacun préside à un manvantara ou période du monde. Le principal, et le seul qui doive nous occuper ici, est le Manou, surnommé Vâivasvata, parce qu'on en fait le fils de Vivasvat, c'est-à-dire du Soleil, et le frère de Yama, le dieu des morts, qualifié aussi de Vâivasvata. Le Rig-Vêda parle plusieurs fois de ce Manou comme du père des hommes, qui sont appelés Manôr apatya, «la descendance de Manou,» et lui-même y reçoit le titre de père par excellence, Manouschpitar. Il a donné aux humains la prospérité et le salut, et il leur a indiqué de bienfaisants remèdes. Le premier il a sacrifié aux dieux, et son sacrifice est devenu le prototype de tous ceux des générations postérieures. On a souvent signalé la remarquable coïncidence de cette tradition indienne avec celle des anciens Germains, qui, au témoignage de Tacite, se disaient issus de Mannus, fils de Tuiscon ou Tuiston, dieu issu de la Terre.

Note 90:[ (retour) ] Il faut sur ce sujet consulter avant tout Pictet, Les origines indo-européennes, t. II, p. 621 et suiv. C'est le savant genevois que nous avons ici principalement pris pour guide.

Si de la Germanie nous passons à la Grèce, nous trouverons dans le personnage mythique de Minos un autre représentant du Manou indien, mais considérablement modifié par les traditions helléniques. Il ne s'agit plus ici, en effet, du premier homme ni du juste sauvé du déluge, mais d'un roi fabuleux des anciens âges, fils de Zeus, qui régnait sur l'île de Crète, et qui le premier donna de sages lois aux Hellènes. A ces divers égards, et sauf la localisation postérieure de sa légende, il rappelle certainement le Manou roi et législateur. Cela ne suffirait pas, toutefois, à autoriser un rapprochement, si Minos, comme juge des morts ne touchait pas par d'autres points aux traditions indo-iraniennes. Chez les Indiens, c'est Yama qui règne sur les morts, tandis que son corrélatif iranien Yima, fils de Vivanghvat (le Vivasvat indien), est comme