Or, les admirables études de l'anthropologiste américain, M. Horatio Hale, puis de M. de Quatrefages, fondées sur les traditions orales des différents peuples de la Polynésie, sur les chants historiques qui s'y répètent de génération en génération, ainsi que sur les généalogies soigneusement étudiées de leurs maisons princières, ont permis de reconstituer sans lacunes, avec une sûreté parfaite et en n'enregistrant que des faits positifs, l'itinéraire et les annales de la migration maritime des Polynésiens. Il est impossible de le contester aujourd'hui, la Polynésie, cette région que les conditions géographiques semblent au premier abord isoler du reste du monde, a été peuplée à une époque rapprochée de nous par voie de migration volontaire, et de dissémination accidentelle, procédant de l'ouest à l'est, au moins pour l'ensemble, et elle l'a été par une population qui ne possédait même pas l'usage des métaux, qui en était encore aux pratiques de l'âge de la pierre polie. Les Polynésiens venus de la Malaisie, et de l'île Bouro en particulier, se sont établis et constitués d'abord dans les archipels de Samoa et de Tonga; de là ils ont successivement envahi le monde maritime ouvert devant eux; ils ont trouvé désertes, à bien peu près, toutes les terres où ils ont abordé et n'ont rencontré que sur trois ou quatre points quelques tribus peu nombreuses de sang plus ou moins noir. Il y a plus. On est parvenu à déterminer avec une approximation très rapprochée les dates des principales étapes de cette migration si extraordinaire. C'est vers l'époque de l'ère chrétienne que les ancêtres des Polynésiens sont sortis de l'île de Bouro, et dans les quatre premiers siècles de cette ère qu'a eu lieu leur première extension jusqu'aux îles Samoa et Tonga. Au ve siècle ils occupaient les Marquises, au viiie les îles Sandwich, aux xiiie, dans une autre direction, les îles Manaïa, d'où partirent les colons qui s'établirent à la Nouvelle-Zélande entre 1400 et 1450. Ainsi c'est au plus tôt dans les premières années du xve siècle de notre ère qu'ont pris terre, dans cette dernière contrée, ces Maoris dont on a voulu faire les enfants du sol qui les porte.

1D'après Prichard. Type de la sous-race malayo-polynésienne dans sa division canaque ou polynésienne.

Les dates que nous venons d'indiquer prouvent que cette migration est étrangère à l'histoire ancienne, de même que le domaine où elle s'est développée est en dehors de l'aire géographique des civilisations dont les époques les plus antiques font le sujet du présent ouvrage. Il en est de même du peuplement de l'Amérique, dont l'époque et le mode ne sont pas aussi bien éclaircis, et où il faut sûrement admettre des époques différentes et des couches d'immigrations successives. La question se complique ici par le fait de l'existence sur le nouveau continent, dès l'époque quaternaire, d'une population humaine encore imparfaitement connue, qui n'a peut-être pas été étrangère à la formation de la race rouge, à laquelle appartient l'immense majorité des indigènes de l'Amérique. L'homme américain des temps géologiques a dû passer d'Asie en Amérique par le Nord, où les îles Aléoutiennes établissent entre l'extrémité orientale de l'Asie et le Nouveau-Monde une chaîne ininterrompue, dont les anneaux sont si rapprochés que le passage par cette voie rentrait plutôt dans la donnée des migrations terrestres que dans celle des migrations maritimes. Mais en dehors de la race rouge, le continent américain a présenté à ses premiers explorateurs des îlots de populations appartenant de la manière la plus formelle aux trois races, jaune, noire et blanche, isolés au milieu de la masse des indigènes, qui est de race rouge. Et l'existence de ces îlots sporadiques ne peut s'expliquer que par des faits de dissémination accidentelle, produits des tempêtes et des grands courants marins, faits ayant pour théâtres le littoral de l'Océan Pacifique, de la Californie au Pérou, le long du trajet du vaste courant que les Japonais appellent Kouro-Sivo ou «fleuve noir,» ou bien le littoral de l'Atlantique, là où portent le Gulf-stream et son contre-courant.

Je ne veux pas, du reste, m'appesantir plus longuement sur des ordres de faits qui n'intéressent pas directement le sujet spécial de l'histoire que j'ai entrepris de raconter. Il était cependant impossible de les passer absolument sous silence, en touchant d'une manière générale à la question de la diffusion, sur toutes les parties de la surface terrestre, de l'homme, sorti d'une source unique sur un point déterminé du globe. Mais il me suffit d'y avoir trouvé dans le passé la justification de ces belles paroles du grand géologue anglais Lyell, aussi fermement convaincu de l'unité de l'espèce humaine, et de la sortie de tous ses rameaux d'un centre commun, que de son antiquité géologique: «En supposant que le genre humain disparût en entier, à l'exception d'une seule famille, fût-elle placée sur l'Océan ou sur le nouveau continent, en Australie ou sur quelque îlot madréporique de l'Océan Pacifique, nous pouvons être certains que ses descendants finiraient dans le cours des âges par envahir la terre entière, alors même qu'ils n'atteindraient pas à un degré de civilisation plus élevé que les Esquimaux ou les insulaires de la mer du Sud.»

§ 3.--GRANDES DIVISIONS DES RACES HUMAINES, TYPES FONDAMENTAUX ET TYPES SECONDAIRES.

Entre les nombreuses variétés de l'espèce humaine, dont nous avons indiqué un peu plus haut, à grands traits, la distribution géographique, on ne peut pas toujours distinguer les plus anciennes, celles qui sont pures ou du moins constituées depuis des milliers d'années, de celles qui résultent de croisements. «Toutefois, dit M. Maury, en s'appuyant sur ce fait fourni par la physiologie végétale que les espèces pures varient peu ou restent dans leurs variations soumises à des lois végétales, tandis que chez les hybrides la forme se dissout, d'une génération à l'autre, en variations individuelles, on peut admettre que les races humaines dont le type est le plus persistant, sont les moins mélangées. En tenant compte de toutes les variétés spécifiques, et en rangeant les unes à côté des autres, par ordre d'affinités, toutes les races humaines, on arrive à reconnaître qu'elles se groupent autour de trois types principaux:

«Un type blanc,

«Un type jaune,