On est ainsi amené à reconnaître dix grandes familles d'hommes, dix types, tant secondaires que primaires, qui, dans leur distribution actuelle, répondent sensiblement à des régions zoologico-botaniques assez nettement tracées.

Nous l'avons dit plus haut, l'influence des milieux et l'hérédité rendant permanente une variété d'abord produite accidentellement, ont été, sans aucune contestation possible, les deux principaux facteurs de la formation des races humaines. C'est à eux seuls qu'il convient d'attribuer l'apparition des types fondamentaux autour desquels se groupent tous les autres, plus indécis, moins nettement définis et occupant une position intermédiaire.

Mais dans la formation des types secondaires, qui tous participent dans une certaine mesure à la fois de plusieurs des types primordiaux, et surtout des innombrables variétés qui les subdivisent à l'infini et font passer de l'un à l'autre par une série de transitions graduelles et presque insensibles, il n'est guères douteux qu'une autre action se soit aussi exercée, celle du métissage, c'est-à-dire des unions entre deux races différentes mises en contact, qui a produit des types nouveaux portant l'empreinte de leur double origine. Ici encore, c'est par l'analogie avec les faits qui se produisent sous nos yeux que nous pouvons juger ceux qui ont marqué les temps primitifs de l'espèce humaine et de sa diffusion sur la surface de la terre.

La prodigieuse expansion de la race blanche européenne, comme commerçante, civilisatrice et conquérante, depuis le xve siècle, a produit et produit encore de nos jours de très nombreux faits de métissage de cette race avec les races de couleur en Amérique, dans l'extrême Asie et en Océanie. On peut évaluer actuellement à 18 millions, c'est-à-dire à 1/62 de la population totale du globe, le nombre des métis modernes de ce genre.

1D'après Prichard. Type de la sous-race hottentote.

Mais la plupart des croisements qui les produisent ne s'opérant que passagèrement, ils n'ont pu engendrer de véritables races, d'un caractère permanent. Le sang qui finit par prédominer davantage ramène peu à peu au type qu'il représente. C'est ainsi que dans certaines parties de l'Amérique centrale et méridionale, l'infusion toujours de plus en plus grande du sang indien chez les créoles d'origine espagnole, tend à faire reparaître à l'état presque pur la vieille race, qui avait été d'abord repoussée dans les forêts et les savanes, et à rendre au Nouveau-Monde sa population indigène. Mais là où le métissage se reproduit sans cesse avec les mêmes éléments, une race croisée tend à se constituer, qui prend même parfois la place de la race indigène. En Polynésie, la population primitive est graduellement remplacée par un croisement d'Européens et de Polynésiens. Aux Philippines, notamment à Luçon, les métis de Tagals, de Chinois et d'Espagnols voient leur chiffre incessamment grossir, et ils se substituent peu à peu aux insulaires primitifs. Au Cap, le croisement des Hollandais et des Hottentots donna naissance à des métis appelés Basters, qui devinrent bientôt assez nombreux pour inspirer des craintes. On les bannit au delà de la Rivière Orange. Ils s'y sont constitués sous le nom de Griquas, et leur population s'accroît rapidement par elle-même. C'est certainement un phénomène tout semblable qui s'est produit en beaucoup de lieux dans le passé, et plusieurs des races qui tiennent déjà une place dans l'histoire ancienne n'ont pas d'autre origine. Il n'est que bien peu de peuples dans le monde que l'on puisse considérer comme appartenant à une race absolument pure.

«Le milieu et l'hérédité, dit M. de Quatrefages, ont façonné les premières races humaines, dont un certain nombre a pu conserver pendant un temps indéterminé cette première empreinte, grâce à l'isolement.

Peut-être est-ce pendant cette période, bien lointaine, que se sont caractérisés les trois grands types, nègre, jaune et blanc.

Les instincts migrateurs et conquérants de l'homme ont amené la rencontre de ces races primaires, et par conséquent les croisements entre elles.