— Nèg’es très obéissants, me dit Coco, et bien baves gens. Moi leu avoi dit bon massa Pingouin ête Bon Dieu et vous gands saints…

Le capitaine nous rassemblait, en hâte de quitter ces lieux si beaux, devenus semblables à quelque boucherie. On reconnut alors l’absence du mécanicien Bayados. Après des recherches, on le découvrit, respirant à peine, sous un monceau de morts. Le docteur sonda les plaies, avec une grimace de mauvais augure.

— Eh bien ? dit Pingouin.

— Fini, répliqua seulement le docteur.

Nous étions prêts à partir, mais Coco ne se montra pas disposé à nous accompagner.

— Bon massa, dit-il à Pingouin, bons z’amis nèg’s avoi’ nommé Coco empé’eu pour génie militaire. Li va fondé belle dynastie avec petites femmes qu’a touvées. Li aime bien mieux ça qu’êt’e empé’eu blancs idiots, dans île. Et pis, Coco se fiche Toison d’Oo. Li connaît pas ça. Li aime bien mieux vadouille dans cocotiés.

— Alors, tu vas nous quitter ?

— Voui, dit Coco. Coco aime bien bon massa ; mais li peut pas désespéré z’amis, en étant pas empé’eu’ et li veut pas être empé’eu’ blancs idiots. Et pis, aime bien beaucoup vadouille dans cocotiés. Coco va donné, à bon massa, six nèg’es pou’ traîné voiture à eau, porté massa Bayados et ramé chaloupe et aller chéché Toison d’Oo à sa place. Eux, faut coups de botte pour tavaillé, un peu ivrognes, mais bons nèg’es.

Nous lui dîmes adieu, nous partîmes. Trois des nègres donnés par Coco tiraient la claie chargée des tonneaux d’eau.

— On va retrouver Bouture, me dit, avec un sourire féroce, le Rempart qui avait la joue enveloppée… eh bien, m’sieu le Homard, est-ce que vous êtes convaincu que c’est bien un espion des Juifs ?