— Ils sont trop, dit Julius Pingouin, c’est la fin…
Mais voici que, tout à coup, s’éleva des bois un épouvantable hurlement. Et une nuée de démons noirs, armés de massues, jaillit en bondissant.
A leur tête se ruait Coco. Ils attaquaient avec furie nos adversaires, les massacrant en grande joie. Les douaniers, surpris, débordés, terrifiés, hésitèrent, se débandèrent, voulurent fuir, mais les nègres les enveloppaient, les tassaient, les abattaient. Et nous, installés au cœur même de leur troupe, nous avions des forces nouvelles. Alors le carnage eut lieu.
— Grâce ! pitié ! hurlaient les vaincus, en jetant leurs armes. Mais nous n’avions pas de pitié et nous travaillions sans mot dire. Quand il n’y en eut plus, nous nous arrêtâmes, las et sanglants.
Coco, tout content, vint près de Pingouin.
— Bon massa, dit-il, toi satisfait. Moi touvé z’amis dans gands bois et avoi amené eux pour défende bon massa et gagné butin. Eux, sales bêtes — il désignait les douaniers étendus — avoi’ voulu foufouille Coco.
Cependant, nous nous lavions dans le lac. Les eaux étaient rouges de sang. Le docteur, remis du coup qui l’avait étourdi, pansait nos blessures qui étaient légères.
Les nègres, pendant ce temps, avaient dépouillé les morts et les blessés. Les gémissements de ceux-ci se mêlaient au bruit de la brise dans le feuillage. Ils étaient nus, sanglants, et leurs vainqueurs les crucifiaient.
— Non, dit Pingouin à Coco, ne les faites pas souffrir inutilement.
Alors, les nègres se contentèrent de leur couper la tête.