— Assassins ! hurla le Rempart, en déchargeant son fusil.

— Baissez-vous, commanda Pingouin, et puis feu ! et en avant, à l’arme blanche !

La décharge générale des douaniers passa par-dessus nous ; mais déjà nous avions fait feu et nous étions sur eux. Sous notre furieuse poussée, leur troupe s’ouvrit pour se refermer en nous enveloppant.

On entendait des coups sourds avec les râles des morts et des mourants. Les hommes de la douane, autour de nous, s’abattaient comme des feuilles. J’en tuai vingt pour ma part. Le Rempart pouvait dénombrer ses victimes par dizaines et Binaire, le croque-mort, excessivement gai, semblait un tigre au carnage. Bayados et le pompier étaient méthodiques dans la destruction et le docteur demeurait calme et terrible avec sa haute taille, ses cheveux gris et son fusil qui tournoyait sans relâche, massue meurtrière. Quant à Pingouin, ce n’était plus un homme, les rangs des douaniers s’effondraient sous son assaut comme les épis d’un champ sous la charge d’un sanglier.

— En avant ! hurlait-il, on passera !

Nous passions, en effet. Déjà, entre nous et la route libératrice, il n’y avait plus que quelques hommes prêts à fuir. Le reste de la troupe, en arrière, ne pouvait nous joindre tant notre mouvement était rapide, et aucun des nôtres n’était tombé encore. Mais voici que dans cette route même parut, accourant au pas gymnastique, une nouvelle troupe ennemie, forte d’au moins cent hommes. Ils furent sur nous en un instant. Alors nous ne vîmes plus devant nous que la mort. Nous y marchâmes en combattant, voulant à chaque pas accroître, de nouveaux cadavres, le cortège de nos funérailles. Le carnage que nous fîmes est innombrable. Chacun de nous était une machine à tuer. Pingouin ne peut se décrire. Je sentais en mon bras la force d’une multitude. Le Rempart, couvert de sang, établi au plus fort des douaniers, combattait avec la puissance d’un élément. Sa barre de fer, dans sa main effroyable, avec un râle sinistre, tourbillonnait autour de lui, semant la mort. Mais il y avait toujours de nouveaux adversaires.

— Quand y en a plus, y en a encore, me dit le brave garçon, avec des pleurs de rage, à un moment où, derrière un monceau de cadavres et couvrant le docteur renversé, nous voyions fondre sur nous, un nouveau détachement d’adversaires. Il ajouta :

— C’que j’regrette, c’est de ne pas pouvoir servir Bouture avant de crever… Et aïe donc !

Et la barre de fer en tua trois d’un coup.

Cependant, le brave Binaire, ayant fait une immense hécatombe, s’abattait frappé à mort sur le corps du pompier Zafolin percé de coups. Pingouin était tombé trois fois, et, trois fois, s’était relevé ; le sang coulait de son front. Je reçus un coup de sabre dans l’épaule. Nous commencions à nous fatiguer. Les troupes ennemies se renouvelaient toujours.