ULTIMATUM.
« Si dès demain matin — mets la date, me dit l’Homme sauvage, et j’obéis — 16 juin 19… n’est pas levé l’embargo qui pèse sur les vivres — lesquels devront arriver comme de coutume — l’on commencera à manger les prisonniers. (Je tremblais violemment, le crayon faillit tomber de mes doigts. Je continuai, fasciné par l’œil de l’Homme.) Sera mangé d’abord le sieur…
L’Homme sauvage jeta un regard investigateur sur nous.
— Comment s’appelle ce gros-là ? me demanda-t-il en désignant M. le commissaire de police qui écoutait, béant.
— Églantine, dis-je.
L’Homme sauvage reprit sa dictée.
— Sera mangé d’abord le sieur Églantine parce que jeune encore, gras et bien en point. Ensuite, Andréas, qui macère. Après, Truie, sénateur (en entendant ce nom, le babouin sauta sur sa victime qui sanglotait, et la secoua en grinçant des dents) ; et les autres ainsi de suite.
Et j’écrivis cette atrocité, pouvant à peine en concevoir la réalité. Et des gémissements, bientôt étouffés, s’élevèrent de divers côtés, car mes malheureux compagnons avaient entendu. M. Églantine, à la veille d’un sort si affreux, s’était trouvé mal ; mais l’ourse, mécontente, le rappela à la vie en le griffant.
— Signe, me dit l’Homme sauvage.
Et je mis :