« Signé : L’Homme Sauvage.

Pour écriture conforme à la dictée :

Cormoran, greffier-huissier.

Et je ne pus m’empêcher d’ajouter en dessous de ma signature :

« Pour l’amour de Dieu, que l’on rétablisse les approvisionnements. Il le ferait comme il le dit. C. »[3]

[3] L’effet produit au dehors par cet ultimatum — ainsi rédigé et ainsi signé, avec la touchante requête additionnelle — fut quelque chose qui atteignit à la démence.

Le ministère en fut jeté par terre du coup. Tous les gouvernements s’en sentirent ébranlés ; et tous les partis s’en emparèrent, dans tous les pays, pour s’en faire une arme contre leurs adversaires. Le monde entier en délira et, de partout, s’organisèrent des caravanes qui marchèrent sur le quartier du Raisin-Sec, tandis que, de tous les points du globe, des trains de plaisir et des bateaux, frétés exprès, arrivaient à toute vapeur, avec d’innombrables catastrophes, pour déverser des foules bigarrées, aux langages inconnus, soucieuses d’apercevoir, du lointain, la célèbre maison que gardait jour et nuit un corps d’armée…

La Presse, en cette occasion, montra ce qu’elle pouvait être, mue par quelque chose qui en valait la peine… Elle atteignit alors à l’apogée de sa puissance, et ses reporters firent des prodiges de valeur, car sans nombre furent les nouvelles sensationnelles qu’ils inventèrent pour enfler le volume des faits réels — en faisant une salade si parfaite qu’il faut renoncer à distinguer les uns des autres. Cependant que sans cesse, comme une mer en furie, de jour en jour et de plus en plus, montait et se multipliait le tirage des journaux…

Mais, ô M. Barnabé Cruchot, vous, le plus illustre et le premier père d’une si belle affaire, vous n’étiez plus là pour recueillir le fruit de vos labeurs et tant de gloire fut perdue pour vous !…

Puis je fondis en larmes.