Art. II. — L’Homme sauvage sera libre de se rendre sans être inquiété dans l’île que M. Jonathan Carnyby, roi de l’Esturgeon, met à sa disposition dans le Pacifique. Dans cette île, il vivra avec ses amis sans être en butte à aucune action judiciaire ou militaire. Et on l’y laissera parfaitement tranquille.
Art. III. — Une cravate de commandeur de la Légion d’honneur, un brevet de caporalissisme des armées de terre et de mer, et les passeports de consul général dans le Pacifique, seront mis à la disposition de l’Homme sauvage afin qu’il puisse s’en servir pour reconnaître la gracieuseté de M. Jonathan Carnyby.
Art. IV. — La somme déposée chez Me Gémissant, notaire, rue Poire-Pourrie, par l’Homme sauvage, sera reversée intégralement entre les mains de ce dernier en espèces métalliques et ayant cours.
Auxquelles conditions générales l’Homme sauvage s’engage à abandonner pour toujours, par la voie aérienne, l’appartement par lui loué à la Société protectrice des animaux, au cinquième étage de la maison portant le numéro 3 du quai Bois l’Encre. Il veut bien ne réclamer aucune indemnité pour la résiliation anticipée de son bail. Il fait un don gracieux, aux malades des hôpitaux, des comestibles et meubles qui remplissent cet appartement. Il emportera cependant ses soixante et onze bombes à la mélinite qu’il se réserve de jeter au moment de son départ sur la foule si elle n’est pas convenable.
Le tout sous les conditions additionnelles suivantes :
1. — Le sieur Méandre et sa fille, qui joue la Prière d’une Vierge sur le piano, seront versés entre les mains de l’Homme sauvage pour être livrés aux bêtes.
2. — Le sieur Panaris, serrurier, qui se refuse à quitter la compagnie de l’Homme sauvage et de ses amis, recevra quittance en bonne et due forme de toutes ses dettes, notamment de celles qu’il a contractées chez le mastroquet Foutré auquel il déclare une fois de plus qu’il a soupé de sa fiole et dormi avec sa femme. On délivrera de plus à ce serrurier un certificat constatant que c’était lui qui avait bardé la porte et que pour la forcer ce fut macache.
3. — Le sénateur Truie demeurera la propriété exclusive du babouin qui l’a entouré de ses soins pendant sa villégiature chez l’Homme sauvage, l’a plusieurs fois arraché à la mort au cours d’indigestions quotidiennes provoquées par la gloutonnerie de ce membre du Parlement, et l’aime tant qu’il préférerait le trépas à une séparation.
4. — La concierge Armandine Cane ne rejoindra plus son mari. Elle préfère rester dans le nouveau cercle de connaissances qu’elle a su se former et dont les mœurs lui conviennent davantage. Au reste, elle sera bientôt mère. On voudra donc bien prononcer son divorce afin qu’elle puisse convoler en justes noces de nouveau, si cela lui convient.
Ici s’éleva, interruptrice, la voix de M. le docteur Volière, toujours dans son trou. A ma connaissance, c’est la première fois qu’il parlait et son organe, bien qu’étouffé à demi par les plumes du vautour qui lui couvait le crâne avec soin et minutie, était net et grave. Il appelait :