11 heures 40. — L’heure du départ approche. Une seule chose m’inquiète encore sérieusement. C’est le moyen de transport qui va nous être offert… L’Homme sauvage a bien parlé quelque part de voie aérienne, ce qui semblerait indiquer un ballon… Pourvu que ce soit sans danger… Mes yeux interrogent l’espace de tous les côtés.


11 heures 50. — Rien encore. Une attente fiévreuse nous énerve tous, sauf, naturellement, l’impassible Homme sauvage, l’insouciant Panaris, qui fume sa pipe, et le babouin qui, ayant ramené le sieur Truie au milieu de nous, est trop occupé à le tourmenter pour penser à quoi que ce soit d’autre.

On le comprend après tout. Ce vieux est si laid !…


11 heures 58. — Un point lumineux paraît à l’horizon et croît avec une prodigieuse rapidité. Il semble que ce soit un puissant phare qui volerait. J’entends monter d’en bas les rugissements de la foule qui l’a vu.


Minuit. — Comme sonne cette heure lugubre, au sein de la belle nuit d’été, la chose qui doit nous emmener s’est posée sur le toit avec un choc si formidable que la maison tout entière en a tressailli.

Un large trou fut percé en moins de rien dans le plafond. D’en haut une échelle se déroula. Les bagages furent hissés en un clin d’œil. Nous suivîmes. Comme, après un dernier regard sur ces lieux où j’ai tant souffert et où j’ai perdu, par une infâme trahison, mes dernières illusions sur le cœur humain, comme, dis-je, je mettais le pied sur le premier échelon je me sentis tirer par le pan qui reste à ma redingote. C’était M. Barnabé Cruchot.

— Maître Cormoran, implora-t-il, pour la dernière fois…