Ainsi s’accomplit anonymement la grande œuvre de reproduction qui, seule, peut excuser ces pratiques. Je n’ai pas besoin de te dire, citoyen, qu’il y a une série de numéros hommes et une série de numéros femmes.

— Oui, les confusions pourraient amener des résultats fâcheux, dit le docteur.

— Ainsi, poursuivit l’autre, tout est pour le mieux. La chose a lieu dans la maison de reproduction que vous voyez là, à droite. Les deux numéros correspondants vont évidemment, chaque fois, à des personnes différentes. Les femmes passent plus souvent que les hommes, car il y en a moins. Nous n’avons pu remédier à cette petite inégalité entre les sexes, mais elle est bien légère. Il est naturellement interdit de céder ou de changer son numéro. Ainsi se trouve établi un roulement…

— Oh ! dit le pudibond pompier Zafolin, en s’écartant.

— Admirable ! fit le docteur. Et les enfants ?

— Les enfants ? Évidemment, ils sont délivrés de l’abusive autorité paternelle. Les enfants sont élevés tous ensemble sans connaître leurs parents qui ne les connaissent pas. Ils ne connaissent que le devoir civique. Ils sont fils de la société. Chaque femme les surveille à son tour. On évite ainsi la tendance fâcheuse à l’individualisme que fait naître la famille.

On coupe aussi dans son pied ce sentiment ignoble qui pousse l’homme à dépouiller son semblable pour enrichir son enfant. Son enfant ! Encore la propriété !

— Ah ! oui, dit le docteur. A qui donc appartiennent la terre, les moissons, les instruments, les provisions, tout enfin ?

— A tous, naturellement, répondit l’Homme 29, avec orgueil.

— Et de quoi peut disposer chacun ?