Qu'il me tarde de vous voir et de voir Gustave avec vous, qui reçûtes les premiers élans de ce coeur si bien fait pour l'amitié!

Agréez, monsieur, les expressions de tous les sentiments que vous inspirez; et si ma lettre n'exprime pas tout ce que je voudrais vous dire, dites-vous que, pour vous parler ainsi, et de Gustave, et de Valérie, et de moi-même, il fallait vous apprécier beaucoup et, je puis dire, vous aimer.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Lettre XLVIII.

LE COMTE DE M….. A ERNEST.

Pietra-Mala, le 23 novembre.

Nos cruels pressentiments n'étaient que trop fondés! le silence de Gustave tenait à son funeste état. Depuis quinze jours une fièvre dévorante le consume; elle est accompagnée d'un délire qui vient tous les soirs à la même heure, et qui empêche le malade de prendre le moindre repos. Erich nous a écrit, et malheureusement cette lettre ne nous est pas parvenue.

Je suis arrivé le soir avant-hier, et je suis descendu à une petite auberge de ce bourg: de là je me suis rendu chez Gustave, où Erich m'a vu arriver avec bien de la joie. J'ai trouvé ce vieillard si changé, que cela seul me peignait tout ce que notre ami avait souffert. Mon coeur battait avec violence en lui demandant où était Gustave. Il a haussé les épaules, et m'a dit: — Vous n'avez donc pas reçu ma lettre? — Non, répondis-je d'une voix altérée. Il est donc bien malade? ajoutai-je en me troublant de plus en plus. — Hélas! depuis quinze jours il est très-mal, a-t-il répondu; et dans ce moment le délire est revenu, comme tous les soirs. — J'ai craint qu'il ne me reconnût, et que cette surprise ne l'émût trop; mais le médecin, qui était présent, me dit que je pouvais entrer, et qu'il ne me reconnaîtrait pas. Comment vous rendre ce que j'ai éprouvé en m'avançant vers ce lit de douleur, en voyant cette physionomie si touchante décomposée par la souffrance? L'agitation la plus violente était dans ses traits; sa poitrine oppressée était découverte, et je frémis en voyant sa maigreur. Ses mains se plaçaient alternativement sur sa tête, où il paraissait souffrir, et retombaient sur le lit. Il me regarda avec des yeux égarés, mais sans témoigner la moindre surprise. Je m'assis près de son lit, et me laissai aller à ma douleur; elle fut extrême. Il est inutile de vous dire tout ce que j'éprouvai; vous devez le concevoir.

Le médecin m'a demandé lui-même de faire venir un de ses confrères de Bologne, qui n'est pas éloigné d'ici; il m'a indiqué un homme qui a de la réputation, et qu'il connaît beaucoup. J'ai expédié sur-le-champ un exprès pour l'engager à se rendre auprès de nous.

Je vous quitte pour prendre un peu de repos. Je vous ai écrit de la chambre de Gustave. Je me suis entretenu longtemps avec Erich de son genre de vie ici; il m'a dit qu'il vous écrivait tous les jours.