De France, il se rendit en Italie, souffrant d'une grave maladie des yeux, revint à son poste en Autriche, mais, en 1817, repassa les Alpes pour accompagner à Livourne l'archiduchesse Léopoldine, fiancée au prince héritier de Portugal.

En 1818, sa santé le conduisit aux eaux de Carlsbad.

On était à la veille du Congrès d'Aix-la-Chapelle: il arrivait à l'un des points culminants de sa carrière.

Déjà prince de l'Empire et duc au royaume des Deux-Siciles, il venait d'être fait duc de Portella[ [33].

Il avait ambitionné, après avoir abattu la puissance napoléonienne, de devenir le régulateur de la paix et de l'ordre en Europe: pendant quelques années, il allait voir son rêve réalisé.

La tenace application de son système, système d'immobilité, de statu quo et de repos, selon ses propres expressions, devait faire de lui l'arbitre des puissances.

Au moment où il fit la connaissance de Mme de Lieven, le prince de Metternich était vraiment la plus haute personnalité du monde politique européen.

Si l'homme public et le diplomate sont si connus que tenter d'écrire une ligne sur ces deux aspects de sa physionomie serait s'exposer à d'inutiles redites, l'homme privé ne l'est guère moins.

M. de Lacombe juge ainsi son caractère: «Impassible en apparence et capable de sensibilité, recherchant avec une égale humeur les dissertations dogmatiques et les succès du monde, l'esprit sans cesse occupé des combinaisons de la politique et passionné pour les arts, procédant par maximes abstraites et se pliant avec aisance aux nécessités du temps, ironique et bienveillant, grave et frivole, résolu et circonspect, sachant fléchir sans s'abaisser et résister sans rompre, alliant à l'autorité des sentences le charme des anecdotes, aux élévations morales et religieuses les vues positives, il y a en lui un trait qui domine, une limite qui maintient dans une proportion équitable ses qualités diverses: la possession de soi et le don de l'observation[ [34]

La plupart de ses contemporains parlent de lui comme d'un cavalier accompli et d'un parfait homme du monde. M. de la Garde trace son portrait: «Ses traits étaient parfaitement réguliers et beaux, son sourire plein de grâce; sa figure exprimait la finesse et la bienveillance; sa taille moyenne était aisée et bien prise, sa démarche remplie de noblesse et d'élégance[ [35]». M. de Falloux, qui lui fut présenté, à Vienne, en 1834, en avait conservé ce souvenir: «Le prince de Metternich était... un des hommes les plus beaux et les plus élégants de son temps. Il gardait, même alors, pour la mode toute la déférence qu'on peut concilier avec la distinction grave dont il ne se départait jamais; sa conversation avait le même caractère; elle était tout ensemble parfaitement moderne et parfaitement digne[ [36]«.