A son retour sur le continent, le jeune homme épousa Marie-Éléonore, fille du prince Ernest de Kaunitz, petite-fille du grand ministre duquel il allait reprendre l'œuvre[ [27]. La cérémonie fut célébrée dans l'église d'un petit village alors inconnu, Austerlitz, dont le nom devait, en 1805, résonner moins joyeusement à ses oreilles.

Sa femme, ni jolie, ni aimable, sut être la bonne étoile de sa carrière. Par son tact, elle en facilita les débuts, et il trouva toujours auprès d'elle, même aux moments où les pires infidélités conjugales auraient pu séparer les deux époux, un guide sûr, éclairé et bienveillant.

Après son mariage, M. de Metternich resta pendant quelques années à Vienne sans prendre part aux affaires publiques, s'occupant de médecine, de physiologie et d'art. Il sortit un instant seulement de cette retraite pour accompagner son père au Congrès de Rastatt, en qualité de délégué des comtes de Westphalie.

Le 5 février 1801[ [28], après la chute du ministre Thugut, le comte de Trauttmansdorff, chargé par intérim du ministère des affaires étrangères, lui confia la légation de Dresde. Il quitta celle-ci pour l'ambassade de Berlin, où il remplaça, le 3 janvier 1803, le comte de Stadion. Il resta en Prusse jusqu'en 1806, au milieu de toutes les difficultés et de toutes les émotions que pouvaient créer à un ennemi de la France les hésitations de Frédéric-Guillaume.

Entre temps, la fortune de sa famille s'était brillamment accrue. En échange de ses comtés de Winneburg et de Bielstein, son père avait reçu, après le traité de Lunéville, l'abbaye d'Ochsenhausen, médiatisée en 1803 et cédée au Wurtemberg, puis avait obtenu, à titre personnel, la dignité de prince de l'Empire. Celle-ci devait être étendue à tous ses descendants le 20 octobre 1813.

Le 18 mai 1806[ [29], Clément de Metternich, d'abord désigné pour le poste de Saint-Pétersbourg, fut, sur le désir de Napoléon, nommé ambassadeur d'Autriche à Paris. Accueilli par l'Empereur avec une faveur qui lui créait une situation particulière dans le corps diplomatique, sa vie politique, pendant la durée de sa mission, est intimement liée à l'histoire extérieure de la France.

Quand survinrent les événements de 1809, Napoléon fit reconduire M. de Metternich à la frontière. L'ambassadeur arriva dans sa patrie pour prendre part aux conférences de Znaïm, et, peu après, reçut le portefeuille des affaires étrangères[ [30].

Le mariage de Marie-Louise le ramena à Paris pour six mois. Il s'agissait pour lui de tirer les choses au clair. Le conquérant «voulait-il remettre l'épée au fourreau et fonder l'avenir de la France et de sa famille sur les principes de l'ordre à l'intérieur et de la paix au dehors», ou bien aspirait-il «à fonder une dynastie en s'appuyant sur l'Autriche et à poursuivre en même temps son système de conquêtes?»[ [31].

Dans l'un comme dans l'autre cas, M. de Metternich comptait bien tirer profit de la situation en faveur de sa monarchie. C'est à elle seule qu'il pensait quand il fut un instant le maître des destinées de l'Europe[ [32] à l'entrevue de Dresde, puis lorsque, revenu sur les bords de la Seine, en 1814, il prit la part que l'on sait aux négociations qui enlevèrent son trône à une archiduchesse d'Autriche. Il avait rêvé plus d'une fois d'une régence où son maître aurait eu le premier rôle. Le retour des Bourbons ne le satisfit pas pleinement. Il en voulut aux tendances constitutionnelles du nouveau gouvernement et, avant de partir pour Londres porter au Prince Régent les regrets de l'empereur François de ne pouvoir accompagner Alexandre et le roi de Prusse dans leur visite à la cour d'Angleterre, il disait à Louis XVIII: «Votre Majesté croit fonder la monarchie. Elle se trompe: c'est la révolution qu'elle reprend en sous-œuvre».

Le Congrès de Vienne mit M. de Metternich aux prises avec Talleyrand, dont la fine habileté l'emportait sur sa tortueuse diplomatie, quand le débarquement du golfe Jouan et son épilogue, Waterloo, firent reprendre aux alliés le chemin de Paris. Le prince Clément resta dans cette ville jusqu'au mois de novembre 1815, signant entre temps la Sainte-Alliance, appelée par lui-même un rien «vide et sonore».