Il joignait «aux avantages de la naissance, dit un autre de ses biographes, la figure la plus séduisante, les formes les plus distinguées, une parole facile».
Enfin, un de ses plus chauds admirateurs, qui fut sinon son conseiller, du moins son confident, son familier et son porte-parole, le sceptique et dépravé Frédéric de Gentz, le peignait ainsi: «Il se croit heureux: c'est une qualité excellente; il a des moyens, il a du savoir-faire, il paie beaucoup de sa personne, mais il est léger, dissipé et présomptueux[ [37].»
De son mariage avec la princesse Éléonore de Kaunitz, M. de Metternich, en 1818, avait eu déjà sept enfants[ [38]. Deux étaient morts en bas âge. La santé des survivants lui donnait de fréquentes inquiétudes: la plupart devaient, comme leur mère, mourir avant lui d'une affection pulmonaire sans remède. Il les aimait ardemment: le peu que l'on connaît des lettres adressées par lui aux uns et aux autres témoigne d'un constant souci de leur esprit et de leur cœur. Et cet homme que le monde pouvait croire insensible sous son frac officiel, trouvait, dans ses joies comme dans ses douleurs paternelles, des accents profondément émus.
Mais, père irréprochable, M. de Metternich ne s'est pas cru astreint à un respect continu des serments conjugaux.
M. de Loménie, sans donner d'ailleurs d'autres preuves de son affirmation que quelques lignes de ces petits opuscules ou Taschenbücher paraissant périodiquement en Allemagne, raconte combien son enfance fut précoce: «Les jeunes filles attachées au service de madame sa mère attiraient au jeune Clément autant de réprimandes que ses succès scolaires lui valaient de louanges. M. de Metternich, le père, se montrait, lui, fort indulgent; il se plaisait à reconnaître à ces traits le sang de sa race, il en augurait bien pour son fils; et quand Mme de Metternich venait se plaindre de quelque nouvelle incartade amoureuse: «Laisse-le faire! disait-il, nous aurons là un fameux gaillard[ [39].»
Chercher à savoir si M. de Loménie a dit vrai, serait sans doute perdre beaucoup de temps. Mais les dispositions prêtées à l'élève se retrouvent certainement dans l'homme mûr.
Élégant, souple, brillant et insinuant, M. de Metternich savait et voulait plaire. Il mettait sa coquetterie à mener de front les affaires les plus graves et les intrigues mondaines les plus futiles.
Toujours d'après le même écrivain, «on ferait des volumes avec le récit de toutes les bonnes fortunes échues ou prêtées au diplomate autrichien[ [40].»
De ces bonnes fortunes, beaucoup sont bien connues.
Alors qu'il n'était que ministre à Dresde, M. de Metternich s'était pris de passion pour une belle russe, la princesse Catherine Pavlovna Bagration, femme du général qui, à la tête de l'une des armées moscovites, devait périr en 1812 d'une blessure reçue à la bataille de Borodino. Un contemporain la dépeint en ces termes: «Qu'on se figure un jeune visage, blanc comme l'albâtre, légèrement coloré de rose, des traits mignons, une physionomie douce, expressive et pleine de sensibilité, un regard auquel sa vue basse donnait quelque chose de timide et d'incertain, une taille moyenne mais parfaitement prise, dans toute sa personne une mollesse orientale unie à la grâce andalouse[ [41].»