Dans les cercles diplomatiques, la princesse Bagration avait reçu le surnom de «bel ange nu» en raison de ses toilettes décolletées jusqu'aux limites du possible. La vertu de cet ange n'était guère farouche.

M. de Metternich conquit ses faveurs, et de leur liaison naquit, en 1802, une fille dont le prince s'occupa toujours avec sollicitude.

A Vienne, la princesse Bagration fut l'un des «astres les plus brillants dans cette foule de constellations que le Congrès avait réunies[ [42]». Elle se retira ensuite à Paris, où, dans sa maison des Champs-Élysées, elle tenta longtemps de jouer un rôle politique et de se poser en rivale diplomatique de Mme de Lieven[ [43].

A la cour de Napoléon, M. de Metternich sut mériter les bonnes grâces de plus d'une Française. Mme de Rémusat nous le dit: «A cette époque, il était jeune, de figure agréable. Il obtint des succès auprès des femmes[ [44]

Pendant son ambassade, il goûta les faciles baisers de Caroline Murat, encore grande-duchesse de Berg, mais qui rêvait déjà de ceindre ses jolis cheveux d'une couronne plus lourde. Il ne fut du reste pas un ingrat, et quand les heures difficiles eurent sonné, il tenta de sauver la royauté de son ancienne amie. Par l'intermédiaire de celle-ci, du reste, il avait obtenu l'acte de trahison connu sous le nom de traité du 11 janvier 1814. Il voulut peut-être sincèrement payer sa double dette, mais les coups de tête du roi de Naples devaient lui rendre la tâche impossible.

Quand, pour le mariage de Marie-Louise, M. de Metternich était revenu à Paris, il ne s'était cependant pas piqué de fidélité envers la sœur de Napoléon. Il eut alors pour maîtresse Mme Junot.

M. Frédéric Masson a raconté la tragi-comédie qui s'ensuivit.

Lorsque Caroline apprit cette infidélité, elle acheta de la femme de chambre de la duchesse d'Abrantès les lettres de M. de Metternich à cette dernière et les livra à Junot.

«Junot, furieux, a fait un esclandre, a battu sa femme, l'a tuée presque, a voulu provoquer Metternich. Cette histoire a fait le tour de Paris[ [45]

Il fallut l'intervention de Mme de Metternich pour arranger les choses. Le duc d'Abrantès l'avait fait venir chez lui pour l'associer à sa vengeance. Elle trouva moyen de le calmer et, par crainte du scandale, s'établit la négociatrice de la réconciliation entre le mari outragé et l'épouse infidèle. Napoléon, au dire de Golovkine, l'en récompensa en l'embrassant et en lui déclarant: