La situation était assez tendue entre la Grande-Bretagne et l'Autriche. La première de ces puissances n'avait pas voulu souscrire aux protocoles de Troppau et de Laybach, œuvres de la seconde. Mais l'une comme l'autre avait intérêt, pour des raisons diverses, à ne permettre au tsar, qui avait pris le parti de la Grèce soulevée, de profiter de l'occasion pour attaquer l'empire turc.

M. de Metternich vit dans ce voyage de George IV l'occasion favorable d'un de ces entretiens directs qui déjà tant de fois lui avaient réussi. Précisément le comte de Lieven était en Russie, où il venait de conduire ses fils à l'Université de Dorpat. Il était facile de l'arrêter à son retour et de réunir ainsi les représentants autorisés des trois pays intéressés.

M. de Metternich, élevé depuis peu aux hautes fonctions de chancelier de Cour et d'État[ [452], débarqua le 20 octobre à Hanovre[ [453] sous le prétexte officiel de saluer l'ex-Prince Régent au nom de l'empereur d'Autriche.

Le roi—pur hasard, délicate prévenance ou égoïste pensée—avait invité Mme de Lieven à profiter de son propre voyage en Allemagne pour venir au devant de son mari. La comtesse ne dut pas se faire longtemps prier.

Elle arriva presque en même temps que son amant[ [454]. Quant à M. de Lieven, obligé de se détourner de son chemin pour rencontrer le Tsar à Vitepsk, il ne la rejoignit que le 28 à 3 heures de l'après-midi[ [455].

Les deux amoureux durent profiter avec délices de ces huit jours de liberté, malgré les obligations mondaines dont ils étaient surchargés.

Le chancelier raconte ainsi sa vie extérieure pendant ces journées: «Depuis mon arrivée, je mène une véritable vie de congrès, toute remplie par des fêtes de Cour. Les heures que je ne passe pas devant la table de la salle des conférences, je les passe à des dîners de trois ou quatre heures ou bien à des soirées où l'inconvénient d'étouffer est le moindre mal qu'on ait à subir[ [456]

Le 21 octobre, M. de Metternich, après avoir fait le matin ses visites aux princes de la famille royale, dînait le soir chez le duc de Cambridge avec son amie[ [457].

Le 28, jour de l'arrivée de M. de Lieven, le Roi invite à sa table le marquis de Londonderry (Lord Castlereagh), la marquise de Conyngham, l'ambassadeur de Russie à Londres et sa femme, le prince de Metternich[ [458]. Après le dîner, il y eut présentation des dames et concert au château. Le ministre de France à Hanovre, le marquis de Moustier, nous a laissé le récit de la fête: «Sa Majesté est entrée à 9 heures dans la salle du concert, donnant le bras aux duchesses de Cumberland et de Cambridge.

«Elle a fait placer, sur le même divan qu'Elle, le prince de Metternich et le comte et la comtesse de Lieven. Cette dernière était à côté du Roi, prenant ainsi le rang sur la duchesse de Cumberland et sur la landgrave de Hesse-Hombourg.