«Après le concert, le Roi est entré dans sa salle du trône, suivi seulement par les princes et princesses, la comtesse de Lieven et le prince de Metternich. Le comte de Lieven, fort fatigué de son voyage, s'était retiré pendant le concert.

«Avant de rentrer dans son appartement, le Roi a pris congé des personnes qui l'entouraient. Il a embrassé la comtesse de Lieven en lui donnant rendez-vous à Brighton... Après quelques instants d'entretien intime avec le prince de Metternich, il l'a embrassé avec une extrême affection et à trois reprises différentes, ce qui a été d'autant plus remarqué que c'était s'écarter absolument des usages d'Angleterre[ [459]

Le lendemain, 29 octobre, George IV quittait Hanovre. M. de Moustier note qu'il dîne ce jour-là «en très petit comité chez le comte de Munster avec le prince de Metternich et le comte et la comtesse de Lieven[ [460]

Le surlendemain, le chancelier d'Autriche, dont le départ avait été retardé de vingt-quatre heures, se met en route pour Francfort à 8 heures «en sortant de dîner avec le comte et la comtesse de Lieven chez la duchesse de Cumberland[ [461]

Comme on le voit, les occasions de se revoir n'avaient pas manqué aux deux amants. Et si l'on ajoute à ces entrevues officielles, celles plus intimes qu'ils surent se ménager, on peut supposer que, vraisemblablement, ni lui ni elle ne regrettèrent le voyage.

De Francfort[ [462], M. de Metternich s'était rendu au Johannisberg; mais, avant de quitter Dorothée, il avait dû combiner une nouvelle rencontre avec elle, car il revenait dans la ville précédente le 5 novembre, le jour même où les Lieven y arrivaient de leur coté[ [463]. Le lendemain, tous se trouvaient réunis à la table de M. de Carlovitz, envoyé autrichien[ [464].

Mais le bonheur, cette fois encore, devait être de courte durée: le samedi 10 novembre, le chancelier repartait pour Vienne après avoir assisté, le jeudi précédent, au splendide dîner offert en son honneur par M. Rothschild[ [465] et, de son côté, l'ambassadeur de Russie rejoignait son poste en passant par Paris.

M. de Metternich et Mme de Lieven devaient attendre une année entière une nouvelle occasion de se retrouver. Celle-ci leur fut fournie par le congrès de Vérone, le plus important de cette période, celui qui véritablement marque l'apogée de la carrière du chancelier.

Ce dernier arriva à Vérone le 13 octobre 1822[ [466] et les travaux commencèrent immédiatement. Le comte de Nesselrode était le représentant en titre de la Russie, mais il était entouré de ministres dont le rôle était de traiter certains points spéciaux. Parmi ces derniers se trouvait M. de Lieven chargé, comme M. de Tatistcheff, de régler, avec l'Autriche et l'Angleterre, les questions soulevées par le différend turco-russe.

Sous ces diplomatiques auspices, le prince et sa fidèle amie se rejoignirent avec joie. De part et d'autre, leur correspondance porte la trace de leur félicité.