L'année 1825 ne fut pas, sans doute, plus propice aux deux amants.

En février, Mme de Lieven mettait au monde, à Londres, son dernier fils, Arthur[ [485]. Quelques mois après, elle partait pour la Russie, en passant par Varsovie[ [486]. Elle était de retour en Angleterre à la fin de septembre[ [487].

De son côté, M. de Metternich était venu en France dans le courant de mars. Une triste circonstance l'y avait appelé. Depuis de longs jours, il éprouvait de vives inquiétudes au sujet de la santé de sa femme, la princesse Éléonore, installée à Paris avec ses trois enfants survivants. Le même mal, qui avait déjà emporté deux de ses filles, minait la mère. Elle mourut le 19 mars 1825. Son mari était auprès d'elle depuis le 14. Le 21, après une messe basse en l'église de l'Assomption, le corps était transporté jusqu'à la barrière de Pantin; là, il était placé dans une berline qui partait de suite pour Mayence[ [488].

Le prince de Metternich quitta Paris le 18 avril avec son fils Victor pour rejoindre l'empereur François en Italie. Il avait refusé de se rendre à Londres, malgré l'invitation du roi d'Angleterre: la tension des rapports entre les deux Cours avait été cause de ce refus inévitable.

Nul indice, dans les déplacements ultérieurs du chancelier, ne nous révèle la possibilité d'une rencontre de nos deux personnages. D'ailleurs, il existait dès lors un refroidissement marqué dans leur mutuelle sympathie, car, dès le retour de sa femme, M. de Lieven, si souvent influencé par elle, commençait à se plaindre de son rival. Il était même assez acerbe: «Il faut convenir, écrivait-il, le 5 octobre 1825, que le prince de Metternich, avec tout son talent, a fait depuis quelque temps les pas de clerc les plus inconcevables; ses gasconnades déplacées lui valent aujourd'hui une nouvelle admonition de M. Canning, piquante pour un homme tout cousu de vanité comme l'est M. de Metternich[ [489]»

Si ces mots ont été inspirés par la comtesse, faut-il en conclure que, sur ses yeux, le bandeau de l'amour était déjà en partie déchiré? Depuis trois ans, les amants de Spa n'avaient pu se rejoindre. Sans doute un prétexte seul manquait pour la rupture.

Quand donc et pourquoi cette rupture se produisit-elle?

A défaut de documents, on est obligé de procéder ici par induction.

L'échange des lettres durait encore en août 1824. A cette époque, Mme de Lieven écrivait à Mme Apponyi, dont le mari venait d'être nommé ambassadeur d'Autriche près la Cour de Saint-James: «Je vois par ce que me dit le prince de Metternich que votre arrivée en Angleterre est différée jusqu'au printemps[ [490]

Ce même échange n'avait pas cessé à la fin de 1825. A la date du 19 novembre/1er décembre 1828, Dorothée disait à son frère: «Quel anniversaire c'est aujourd'hui! Je me rappelle ce que m'écrivait le prince de Metternich le jour où la nouvelle de la mort de l'Empereur Alexandre lui parvint: «Le roman est fini, nous entrons dans l'histoire[ [491]