Le tsar était mort le 1er décembre 1825 et la nouvelle en était arrivée à Vienne dans la nuit du 13 au 14, à minuit[ [492].
C'est là la dernière trace que nous ayons pu trouver de la correspondance du chancelier et de l'ambassadrice. Cette correspondance dut cesser dans le courant de l'année 1826.
A l'appui de cette hypothèse, nous apporterons tout d'abord une indication qui nous paraît avoir sa valeur.
Les lettres possédées par nous ont été reliées en deux volumes. L'un comprend les missives écrites en 1819, l'autre, celles datées des quatre premiers mois de 1820. Ces deux volumes constituaient le commencement de la série. Or, au dos de l'un et de l'autre, une main, qui avait peut-être tenu l'ensemble de cette série, a tracé ces mots: Correspondance intime du prince de Metternich, 1819-1826.
Mais il y a mieux: dès les premiers mois de 1827, dans ses lettres à Lord Grey, Mme de Lieven devient agressive vis-à-vis de M. de Metternich. Comme on le verra plus loin, il n'est plus de défaut dont elle ne l'accuse. De son côté, l'amour était mort.
Il devait en être de même du côté du prince.
En 1827, celui-ci se remariait. Le 5 novembre, il épousait la baronne Marie-Antoinette de Leykam, que l'Empereur créait à cette occasion comtesse de Bielstein: mariage d'inclination qui n'alla pas sans quelque bruit.
La nouvelle épouse appartenait à une famille d'origine très modeste, issue d'un cocher de Wetzlar. Son grand-père, référendaire à la chancellerie d'Empire, avait reçu le titre de baron. Son père s'était marié à Naples et, au sujet de cette union, quelques anecdotes sur lui et sur sa femme, assez désagréables pour eux, couraient dans la société de Vienne.
Quant à la jeune fille, elle était d'une délicieuse beauté[ [493]. M. de Metternich, très épris, ne tint nul compte des commérages de la Cour; peut-être même les brava-t-il.
«Il est heureux pour mon sort à venir, écrivait-il à la comtesse Zichy, que de bien indignes propos aient tracé la route que j'avais à suivre; elle ne contrarie ni les affections de mon cœur ni le premier besoin de ma vie privée: un intérieur[ [494].»