«Plus je suis plaint et plus je dois avoir perdu.

«Voici une lettre pour C. La pauvre enfant pleure certainement de ces larmes qui, seules, sont dignes de son cœur.

«Adieu, ma chère amie.—M.[ [497]».

De cette lettre ressort un incontestable accent de sincérité. Si M. de Metternich n'avait donné, par ailleurs, la preuve de la profondeur de son amour pour la belle Antoinette de Leykam, elle suffirait à témoigner en sa faveur. Il n'est donc pas téméraire de penser que Mme de Lieven était alors oubliée.

Est-il nécessaire de rechercher les causes qui détachèrent l'un de l'autre le prince et son amie?

Sans doute, la lassitude, puisque leur amour pouvait si rarement reprendre un élan nouveau dans une réunion, même momentanée, fut pour beaucoup dans l'attiédissement de la réciproque passion.

Mais la principale cause de la désaffection commune dut être le changement survenu dans le caractère et l'esprit de Mme de Lieven.

Jusqu'en 1819, l'action personnelle de cette dernière avait été assez réservée; mais, à partir de ce moment, elle se jeta à corps perdu dans la politique. Non seulement elle prit une part de plus en plus active à la direction de l'ambassade, mais, pour mieux servir les intérêts de sa nation, elle se mêla, presque ouvertement, à la lutte des partis.

Elle écrivait alors régulièrement à l'Impératrice; ses lettres étaient très appréciées à la cour de Saint-Pétersbourg et le comte de Nesselrode faisait grand cas de ses renseignements.

Pour satisfaire les vues de son gouvernement, elle chercha plus d'une fois à peser sur les ministres anglais qui se succédaient à la direction des affaires. Ceux-ci ne furent pas longtemps sans se plaindre de ses intrigues.