Mais les divergences d'intérêts devaient inévitablement amener, un jour ou l'autre, des difficultés entre les deux nations. La crise, longtemps retardée par la dextérité du prince de Metternich, éclata précisément dans les derniers jours du règne d'Alexandre[ [501], et, prit un caractère aigu après l'avènement de Nicolas.

La question de l'indépendance hellénique, les querelles toujours pendantes de la Russie et du sultan, les entraves mises par Vienne et l'Angleterre à l'exécution des vues du tsar, les intrigues de Capo d'Istria, les menées de Canning, l'intervention des troupes égyptiennes et les espoirs qu'elle fit naître vinrent, tour à tour, envenimer les choses jusqu'aux conférences de 1826.

Le nuage qui assombrit l'Europe à ce moment dut avoir son reflet sur les sentiments de Mme de Lieven à l'égard de M. de Metternich.

Leur amour, devenu à la longue une alliance diplomatique, ne put vraisemblablement résister aux déceptions de la question d'Orient. On peut supposer que leurs dernières lettres s'achevèrent sur des mots aigres.

Il ne faut sans doute pas chercher ailleurs la cause de leur rupture: leur liaison ne pouvait plus satisfaire ni leurs sens ni leur politique.

II

Un misanthrope a dit que l'amour n'était que le commencement de la haine.

Si l'amour de Mme de Lieven pour M. de Metternich avait été ardent, sa haine fut tenace—peut-être parce que son dépit avait été profond.

Après la rupture de sa liaison avec le prince, la comtesse ne parle plus de ce dernier qu'en termes amers, presque constamment violents, souvent immérités.

A défaut de sa dignité, tant de souvenirs communs auraient dû cependant protéger le chancelier contre ses attaques.