Trois jours auparavant, faisant allusion au traité de Londres, elle s'était écriée: «Il y a un traité qui n'a pas été mort-né comme M. de Metternich l'avait prédit. Bien au contraire, l'enfant est remarquablement vivant[ [507].»
Un mois plus tard: «Metternich est tombé plus bas dans l'estime publique... En un mot, il est tout à fait par terre[ [508].»
Peu après, survint la mort de Canning. L'arrivée de Wellington au ministère marque un recul dans les bonnes dispositions de la Grande-Bretagne à l'égard des Grecs. Mme de Lieven ne décolère pas.
«Le duc de Wellington est premier ministre, écrit-elle à son frère. Il préfère les voies tortueuses de Metternich à la droite marche de l'empereur Nicolas[ [509].»
Quant à Lord Aberdeen, c'est un «mauvais ministre», «un homme honorable et rien de plus», parce qu'il a toujours été considéré comme le «séide de Metternich.»
Cependant, la joie de l'ambassadrice éclate quand ce même Aberdeen vient lui déclarer «qu'il n'était ni un coquin ni un fou, et qu'il fallait être l'un ou l'autre pour avoir quelque égard pour M. de Metternich[ [510].»
Elle se félicite de tout ce qui trouble les combinaisons de «ce grand homme d'État, dont le crédit, malgré tout, fait encore prime auprès des ministres». Et, ajoute-t-elle: «C'est pitié qu'il en soit ainsi[ [511]!»
Elle guette tous les événements qui pourraient «donner la jaunisse à M. de Metternich et Cie[ [512].»
Elle répond à Wellington, révoquant en doute un projet dont la mise à exécution eût été mauvaise politique de la part du chancelier: «Pensez-vous donc alors qu'il en ait fait une bonne[ [513]?»
Mais la guerre avait éclaté entre la Russie et la Porte. Mme de Lieven ne se réjouit pas moins des succès des armées moscovites que des difficultés qu'ils occasionnent à l'Autriche. Lorsque la paix sera imposée par ses compatriotes au sultan, elle dira à Lord Aberdeen: «Tant pis pour vous, milord. Nous ne vous avons pas dupés; vous vous êtes dupés vous-mêmes. Vos propres illusions ou celles inspirées par votre patron, le prince de Metternich, ont été vos véritables ennemis[ [514].»