D'autres fois, elle dépasse toute mesure. Le 31 décembre 1828, elle écrit à Lord Grey: «Qu'est-il advenu des talents et de l'intelligence de Metternich? Car il était intelligent, et extrêmement. Je me souviens que Lord Castlereagh avait coutume de l'appeler «un arlequin politique», et ce n'était pas mal dire[ [515]».
Quelques jours plus tard, elle est heureuse d'entendre le roi d'Angleterre parler de son ancien amant «comme il le mérite, comme d'un homme sans croyance ni respect pour la loi, ni pour sa propre parole», et lui dire «qu'en fait il n'était pas d'iniquité dont il ne le crût capable[ [516].»
Mme de Lieven pensait-elle à celui qu'elle appelait «le grand spectre blanc»[ [517], quand elle écrivait à Lord Grey: «Je n'ai jamais eu grande croyance dans le couplet de la ballade qui dit:
Et l'on revient toujours
A ses premiers amours,
car rien n'est plus rare dans la vie que de revenir à ses premiers amours[ [518].»
Et aussitôt, comme pour prouver que tel n'est pas son cas, elle ajoute: «Nos relations avec l'Autriche sont tout ce que l'on peut désirer, en nous réservant en même temps le droit de considérer le prince de Metternich comme le plus grand coquin qui soit sur la face de la terre. En passant, j'étais avant-hier à dîner avec le duc de Wellington et nous parlions de lui. Le duc me dit: «Je n'ai jamais partagé l'opinion qu'il fût un grand homme d'État; c'est un héros de société et rien de plus.» J'ai eu beaucoup de plaisir à entendre cela[ [519].»
Deux ans après, Lord Grey appelle ironiquement Metternich «le vieil ami, l'homme le plus franc et le plus loyal[ [520]» et l'ambassadrice répète: «En ce qui concerne l'homme le plus franc et le plus loyal, je suis tout à fait d'accord avec vous[ [521].»
En 1836, le prince de Metternich est devenu «le plus grand fourbe du monde[ [522].»
La haine de Mme de Lieven l'aveuglait à un tel point que Lord Grey crut devoir, à un certain moment, la rappeler doucement aux convenances. Le morceau est à citer en entier: la leçon est jolie.