Depuis longtemps, sa santé, qui n'avait jamais été robuste, était devenue très précaire[ [596].

Au début de l'année 1857, ses forces déclinèrent rapidement. Elle avait alors soixante-douze ans, mais était encore en pleine possession de toutes ses facultés.

Dans la nuit du 26 au 27 janvier, elle s'éteignit sans souffrance, entourée de l'un de ses fils, d'un neveu, de son vieil et fidèle ami, M. Guizot. Celui-ci, dans d'éloquentes lettres au baron de Barante, a tracé, en termes émus, le récit de son agonie[ [597].

Quand elle ne fut plus, on remit à l'ancien président du Conseil un billet qu'elle avait griffonné la veille pour lui—son dernier billet, le point final de sa longue correspondance: «Je vous remercie de vingt années d'affection et de bonheur. Ne m'oubliez pas[ [598]

Trois jours plus tard, sa dépouille mortelle quittait l'entresol de l'hôtel de Rothschild pour être transportée au château de Mesohten, en Courlande, «dans le caveau où reposaient déjà son mari et les deux fils qu'elle avait perdus... dans le monument qu'elle leur avait fait élever[ [599]».

Elle avait déjà vu disparaître ses deux frères, Alexandre et Constantin de Benckendorf. Des trois fils qui lui restaient à son départ de Russie, l'un avait succombé en Amérique, et son mari avait eu la cruauté de ne pas l'en aviser. Elle avait appris la nouvelle par une lettre qu'elle lui avait écrite, retournée par la poste à l'expéditeur avec la mention «Mort»[ [600].

Le jour qui précéda sa fin, elle demandait encore au baron de Hübner dans quelle ville devait se tenir le Congrès chargé de régler la question de Neuchâtel[ [601].

La politique fut ainsi, jusqu'au dernier soupir, le principal intérêt de la vie de cette grande dame d'autrefois que fut la princesse Dorothée de Lieven.

IV

Le prince de Metternich épousa en troisièmes noces, le 30 janvier 1831, la comtesse Mélanie Zichy-Ferraris, qui, dit M. de Falloux, «peut-être justifiait mieux cette union par l'éclat de sa beauté que par le secours diplomatique qu'elle pouvait apporter à un homme d'État[ [602].» A défaut de ce secours, la nouvelle princesse donna à son mari un dévouement ardent et passionné, fait d'admiration et de tendresse, dont les traces se retrouvent sans cesse dans le Journal laissé par elle[ [603].