En 1818, le duc de Richelieu, fort de la loyauté avec laquelle son gouvernement avait rempli ses obligations et comptant sur l'amitié du tsar, crut le moment venu de réclamer l'exécution de cette clause et la libération du territoire français. Grâce à ses efforts, la conférence prévue fut fixée au mois de septembre et la ville d'Aix-la-Chapelle fut choisie pour en être le siège.
La vieille cité de Charlemagne présenta alors une animation extraordinaire. Officiellement, le Congrès ne devait s'occuper que des questions de France, et les ambassadeurs des grandes puissances, seuls, devaient y être admis. Mais tous les princes, toutes les nations ayant quelque réclamation à présenter, quelque espérance à faire valoir, se hâtèrent d'y envoyer des représentants prêts à saisir les occasions propices.
Autour des diplomates, se précipita une foule de banquiers, de commerçants, d'artistes, d'élégantes, d'aventuriers et d'aventurières avides de trouver la fortune ou le succès.
Parmi les souverains, le roi de Prusse arriva le premier. Il fit, le 27 septembre au soir[ [121], une entrée assez piteuse dans la ville, mécontente de s'être vue donnée au gouvernement de Berlin par la seule volonté des plénipotentiaires de Vienne.
Par contre, l'empereur d'Autriche, arrivé le 28 dans la journée, et l'empereur de Russie qui le suivit de quelques heures[ [122], soulevèrent un enthousiasme dont le contraste avec la froide réception de la veille blessa profondément Frédéric-Guillaume.
Ce dernier, instruit de ce que la populace voulait dételer les voitures impériales, avait trouvé un biais ingénieux pour couper court à cette manifestation dirigée contre lui: il était allé, successivement, loin dans la campagne, à la rencontre de chacun de ses deux alliés et était monté dans leurs carrosses. Seuls donc, les vivats des habitants froissèrent sa vanité[ [123].
Le prince de Metternich était arrivé quelques heures avant son maître. Il revenait de sa cure d'eau de Carlsbad et de ses propriétés de Kœnigswart. Pendant son séjour dans ce dernier lieu, il avait appris la mort de son père, dont le décès le faisait chef de famille. Poursuivant son voyage par Francfort, où il avait eu à morigéner la Diète germanique, il s'était arrêté, le 12 septembre, au Johannisberg. Il pénétrait ce jour-là pour la première fois dans le splendide domaine qui, donné par Napoléon au maréchal Kellermann, lui était échu comme fief autrichien depuis 1816[ [124].
Il demeura au milieu de ses vignes célèbres pendant deux semaines, entouré, selon sa propre expression, d'une véritable cour de diplomates, pressés de saluer sa puissance. Avant de partir, il reçut l'empereur François à dîner et par Mayence, Bingen, Coblenz, il vint jusqu'à Aix.
Dans cette ville, accompagné de son inséparable secrétaire, le chevalier de Floret, il se logea Comphausbadstrasse, no 777, occupant la maison d'une demoiselle Brammertz[ [125], louée 20,000 francs pour la durée de son séjour[ [126].
Jamais congrès ne fut moins solennel que celui de 1818. Les réunions devaient tout d'abord se tenir dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, mais elles eurent lieu, sans apparat, en tenue de ville, chez l'un ou chez l'autre des plénipotentiaires, tantôt chez Lord Castlereagh, qui, accompagné de «sa prétentieuse et énorme épouse»[ [127], s'était installé Klein Borcette Strasse, no 218[ [128], tantôt chez Metternich, tantôt chez le prince de Hardenberg, logé sur le Markt, no 910[ [129].