Ils passèrent ensemble cinq jours derechef dans la ville du Congrès. La dernière phrase de la lettre précédemment citée, s'applique sans doute à ce moment «... tu es venue dans ma loge, tu as eu la fièvre,—mon amie, tu m'as appartenu»!

Pendant l'absence de l'ambassadeur de Russie, comme après son retour, la vie mondaine continuait à se dérouler sans incidents autour des conférences.

Le régent d'Angleterre avait envoyé Lawrence peindre les portraits des souverains et de quelques hauts personnages de la Sainte Alliance; les séances consacrées au grand artiste coupaient la monotonie des jours. Le duc d'Angoulême venait faire une visite de vingt-quatre heures aux Alliés. Le roi de Prusse et l'empereur de Russie étaient de retour de Paris, mais pour quelques jours seulement.

Les fêtes devenaient plus rares. M. de Metternich recevait son gendre et sa fille, le comte et la comtesse Joseph Esterhazy, qui, après un court séjour auprès de lui, devaient repartir pour la France[ [143].

Au milieu des premières et rapides tendresses des nouveaux amants, le Congrès se terminait[ [144]. Le 14 novembre, les monarques se réunissaient pour une dernière conférence, chez le prince de Hardenberg. Le 15, un grand dîner d'adieu avait lieu chez l'empereur de Russie, et les princes se rendaient ensuite au bal offert par le commerce. Le 16, Alexandre partait pour Bruxelles.

Deux jours après, le 18, le comte et la comtesse de Lieven l'y rejoignaient.

Cette nouvelle séparation des amoureux dut être bien adoucie par l'espérance d'une prochaine réunion. En effet, M. de Metternich avait décidé, lui aussi, de se rendre dans la même ville («on ignore l'objet de ce voyage», disait le Journal des Débats!)[ [145]. Obligé de retarder de quelque temps son départ, il y fit son entrée le 23 novembre[ [146].

Quatre nouveaux jours de bonheur s'ensuivirent. Pour se tenir au courant de leurs instants de liberté, les amants s'envoyaient des journaux anglais. Le ministre tout-puissant en avait toujours une provision sur lui!

Mais, le 27 novembre, M. et Mme de Lieven se mettent de nouveau en route pour Paris. Le mari n'avait plus rien à faire en Belgique: l'empereur Alexandre en était déjà reparti avec sa mère; Nesselrode allait passer quatre semaines en France, et l'ambassadeur devait le suivre.

Le 28 novembre, les deux époux passent la nuit à Roye. Le 29, ils arrivent dans la capitale française et descendent à l'Hôtel de Castille, rue de Richelieu, où ils resteront un mois[ [147]. Quant à M. de Metternich, après être allé visiter le champ de bataille de Waterloo avec Wellington[ [148], et avoir reçu du roi Guillaume Ier la plaque du Lion Néerlandais, après avoir dîné le 27 chez le marquis de la Tour du Pin, ambassadeur de France[ [149], il était parti le 28, à 5 heures du soir, pour Aix où l'appelaient encore quelques dernières affaires à régler[ [150]. De là, par le Johannisberg, il s'était mis en route pour Vienne.