Cependant, leur authenticité n'est pas douteuse. L'écriture est bien celle, éminemment cursive, sobre, nette, nerveuse du chancelier d'Autriche[ [10]. Toutes les fois que cela a été possible, nous avons établi avec le plus grand soin la concordance de leurs récits avec les circonstances déjà connues des incidents auxquels ils font allusion. Pas une de leurs lignes ne laisse planer un doute sur le bien-fondé de leur attribution. A défaut de signature, le cachet de M. de Metternich, un C surmonté de la couronne princière, en cire noire, vient, sur quelques-unes d'entre elles, apporter aussi son témoignage.
Enfin, on retrouve dans leur texte bien des qualités et des défauts de leur auteur présumé, mélange compliqué d'élégance native, de finesse, d'incommensurable orgueil, de pensée claire mais parfois étroite «alliant la fatuité mondaine et la présomption à un certain pédantisme germanique, assez beau joueur pour en imposer au monde, pour déguiser des intérêts sous le nom de droits, des expédients sous le nom de principes, l'immobilité, qui était son système, sous le voile de profonds calculs»[ [11].
Le lecteur trouvera ces lettres plus loin. Leur étude permettra de préciser certains points de la liaison dévoilée par Chateaubriand et d'ajouter quelques détails à l'intime psychologie de celui qui les écrivit et de celle qui les reçut. Ces détails seront tout à l'honneur de l'un comme de l'autre, hâtons-nous de le dire.
Au cours de l'exposé très rapide de leurs relations, l'on se trouvera sans doute amené à faire sur eux, sur leur morale, quelques restrictions. Mais, de ces lignes où le prince s'est montré tel qu'il voulait être vu par l'Aimée, où il caresse celle-ci de la louange des charmes qu'il voulut voir en elle, il ressort un Metternich plus tendre, plus affectueux, plus humain, «sachant mieux aimer», selon sa propre expression, que celui dont l'histoire officielle nous laisse voir l'altière figure.
En souhaitant la publication complète de la correspondance dont nous apportons quelques nouvelles feuilles, M. Lionel Robinson disait que ces lettres inconnues devaient faire honneur «à la tête, sinon au cœur, de l'homme d'État qui, pendant toute une génération, fut le dictateur de l'Europe et le Nestor des hommes politiques»[ [12].
Rien de bien nouveau, croyons-nous, ne sortira cependant de ce livre, si l'on y cherche la «tête» du ministre de François Ier, mais il témoignera d'un cœur meilleur que M. Robinson ne le supposait.
Le malheur des hommes d'État dont la vie se confond avec la carrière est de faire difficilement croire à leur sensibilité, écrasée sous le masque d'impassibilité dont ils doivent se couvrir.
M. de Metternich semble avoir souffert de sa réputation de froideur, presque inhérente pourtant à ses fonctions. Il était cependant capable d'un amour ardent. Il est équitable de lui rendre justice sur ce point. Ses lettres permettront de le faire en toute sincérité.
Au moment du Congrès d'Aix-la-Chapelle, le prince de Metternich, né à Coblentz le 15 mai 1773, avait quarante-cinq ans.