Son père[ [13], diplomate assez médiocre, mais adroit et ambitieux, d'abord au service de l'électeur de Trèves, était passé, très jeune encore, à celui de l'empereur d'Allemagne.

Il avait représenté ce prince auprès des cours électorales du Rhin. Il fut plus tard son ministre dirigeant du Gouvernement des Pays-Bas autrichiens. Les victoires des armées françaises le forcèrent à quitter Bruxelles, leurs échecs l'y ramenèrent; Fleurus l'en chassa définitivement. Après avoir encore été plénipotentiaire de son souverain au Congrès de Rastatt, il fut nommé ministre d'État et vécut, dès lors, dans le sillage de la brillante carrière de son fils.

Ce dernier avait d'abord fait ses études sous la direction de précepteurs, puis, en 1788, avait été envoyé à Strasbourg, dont les Universités étaient en grand renom. De là, il s'était rendu à Mayence pour achever son droit.

Dans ces deux villes, le jeune Clément tomba en pleine agitation. Le grand souffle qui secouait le monde avait pénétré jusque sur les bancs des écoles d'Alsace et d'Allemagne. Beaucoup, parmi les professeurs et les élèves, avaient embrassé les idées nouvelles et celui qui devait être l'un des adversaires les plus irréductibles de la Révolution eut pour maîtres et pour condisciples ses premiers adeptes.

Il reçut, à Strasbourg, ses leçons d'instruction religieuse d'un canoniste alors célèbre: Brendel, le même qui, l'heure venue, prêta serment à la Constitution civile du clergé, fut élu évêque constitutionnel du Bas-Rhin et le resta jusqu'au soir où, son arrestation ayant été décidée par la société des Jacobins, il sacrifia ses fonctions sacerdotales à sa sécurité[ [14].

A Mayence, en dehors des cours de l'historien Vogt, M. de Metternich suivit ceux d'Hoffmann, se lia d'amitié avec Georges Forster, le compagnon de Cook, avec Kotzebue, les uns et les autres fervents propagandistes des doctrines modernes.

A ces hommes se trouva ainsi confiée la formation intellectuelle de celui dont le nom servit un jour à symboliser tout un système de résistance aux idées qui étaient alors les leurs. Cette coïncidence, d'ailleurs, nous étonne certainement plus aujourd'hui qu'elle n'étonnait les contemporains.

M. de Metternich, dans l'autobiographie placée en tête de ses Mémoires, s'est appliqué à dramatiser encore cette situation. Il se plaisait dans le contraste de ce qu'avait été ce milieu et de ce que fut sa vie. Malheureusement, pour mieux faire ressortir son indépendance, peut-être aussi dans le dessein de montrer que rien dans sa carrière n'avait pu être banal, il n'a pas cru nécessaire de se confiner toujours dans la stricte vérité.

«Lorsque j'arrivai dans cette ville (Strasbourg), dit-il, le jeune Napoléon Bonaparte venait de la quitter; il y avait fini ses études spéciales comme officier au régiment d'artillerie qui était en garnison à Strasbourg. J'eus les mêmes professeurs de mathématiques et d'escrime que lui[ [15]

Le rapprochement, en effet, aurait pu être curieux. Il n'y a qu'une ombre au tableau: à cette date, Napoléon n'était encore jamais venu à Strasbourg. On sait de reste qu'à sa sortie de l'École militaire de Paris, il fut nommé directement lieutenant et envoyé au régiment de La Fère, dont la garnison était Valence[ [16].