—Chez les Zvierkof? Il fera beau temps et les poules auront des dents quand j'irai chez eux, répondit gaiement une d'elles.

C'était bien la fille la plus sale qu'on pût imaginer; on l'appelait Tchekoundà; elle était arrivée en compagnie de son amie la Quatre-Kopeks (Dvougrochevaïa), qui était au-dessous de toute description.

—Hein! il y a joliment longtemps qu'on ne vous voit plus, dit le galant en s'adressant à la Quatre-Kopeks, on dirait que vous avez maigri.

—Peut-être;—avant j'étais belle, grasse, tandis que maintenant on dirait que j'ai avalé des aiguilles.

—Et vous allez toujours avec les soldats, n'est-ce pas?

—Voyez les méchantes gens qui nous calomnient. Eh bien, quoi? après tout; quand on devrait me rouer de coups, j'aime les petits soldats!

—Laissez-les, vos soldats; c'est nous que vous devez aimer, nous avons de l'argent…

Représentez-vous ce galant au crâne rosé, les fers aux chevilles, en habit de deux couleurs et sous escorte…

Comme je pouvais retourner à la maison de force,—on m'avait mis mes fers,—je dis adieu à Akim Akimytch et je m'en allai, escorté d'un soldat. Ceux qui travaillent à la tâche reviennent les premiers; aussi, quand j'arrivai dans notre caserne, y avait-il déjà des forçats de retour.

Comme la cuisine n'aurait pu contenir toute une caserne à la fois, on ne dînait pas ensemble; les premiers arrivés mangeaient leur portion. Je goûtai la soupe aux choux aigres (chichi), mais par manque d'habitude je ne pus la manger et je me préparai du thé. Je m'assis au bout d'une table avec un forçat, ci-devant gentilhomme comme moi.