Léa devint très rouge; le timbre de la porte d’entrée retentissait deux fois, elle se leva précipitamment.

—Voilà maman... je vais l’embrasser.

Elle était extrêmement troublée, fâchée contre Jean. Ce mot terrible de «mariage de raison» tourbillonnait dans sa tête. Elle était humiliée de faire un mariage de raison, et puis triste, si triste! Jusqu’au matin elle pleura à chaudes larmes, se répétant qu’elle était bien malheureuse d’épouser un homme aussi déloyal. Quel hypocrite! Oui, vraiment, à l’entendre, elle aurait pu se croire chérie.

—Comme je le déteste! gémissait-elle.

Or, il a été universellement constaté que lorsqu’une femme dit d’un homme: «Je le déteste», c’est qu’elle est bien près de l’aimer. Léa s’était écriée, l’imprudente: «Il n’est pas nécessaire d’aimer pour être heureuse.» Comme la fée que l’on n’avait pas conviée au baptême de la Belle au bois, l’amour venait réclamer sa place; il parlait en maître, il s’installait en roi dans ce petit cœur de jeune fille qui ne l’avait point appelé.

L’église est remplie de froufrous de soie et de parfums de fleurs; autour de l’autel, tout est blanc et lumineux, les orgues chantent gravement sous la voûte, et la mariée s’avance au bras de son père, blanche elle aussi, sous le tulle qui idéalise sa blondeur.

Très beau mariage en somme! Toilettes exquises, sermon remarquable, messe en musique avec le concours des premiers chanteurs de l’Opéra, puis, après la cérémonie, lunch brillant chez madame Person, la mère de la mariée.

Tout en papotant dans le salon fleuri, on goûte du bout des lèvres des petites choses fort appétissantes, on accepte une coupe de champagne, on grignote un gâteau en répétant qu’on n’a pas faim. Léa et Jean sont fort entourés. Les amies de Léa s’écrient avec enthousiasme:

—Il est impossible de rêver une plus jolie mariée que toi. Ajoutant in petto: Excepté moi, quand je me marierai.

De bonnes mères embrassent cette chère petite, en se disant, la rage au cœur, que madame Person a bien de la chance.