Et les amis de Jean qui viennent de faire l’apologie du célibat, concluent qu’après tout, Reignal n’est pas à plaindre.

Puis peu à peu les salons se vident.

Madame Reignal se retire dans sa chambre pour échanger contre un costume de voyage sa longue robe de satin blanc. Dans un instant, son mari va l’emmener; ils dîneront à la gare avant de partir pour Bruxelles.

La pauvre petite mariée a inondé de pleurs le velours du prie-Dieu, mais, maintenant, elle veut être calme, jouer, pour sa mère, la comédie du bonheur. Gaiement elle admire la dentelle de son linge et le chic anglais de son manteau. Sa parole est saccadée, elle rit beaucoup, elle rit trop et madame Person a le cœur gros. Une petite larme de ces chers yeux lui aurait fait tant de bien!

—Je ne suis plus Léa Person, je suis madame Reignal! C’est drôle, dis?... As-tu entendu qu’on m’appelait madame? Est-ce que tu trouves que j’ai l’air d’une dame, toi?... Tu l’aimeras bien, n’est-ce pas, madame Jean?

Voilà ce qu’elle dit et elle pense: «Mon Dieu, je voudrais mourir! je n’aime pas Jean, non, je ne l’aime pas!... Ah! s’il m’avait aimée un peu... seulement un peu... mais je le déteste.»

Et elle regarde désespérément sa chambre de jeune fille. Que d’années paisibles dans ce nid douillet!

Soudain, ne pouvant plus se contenir, madame Person murmure:

—Que vais-je devenir pendant ce voyage, ma pauvre chérie!

C’est le coup de grâce. Léa sanglote sur l’épaule de sa mère qui ne sait plus à quel saint se vouer.