—A demain, docteur, et merci... murmura le jeune homme.

Il était bien loin d’être convaincu, mais les idées du docteur l’avaient réconforté, ainsi que l’air vivifiant des plages ranime un instant les malades, sans les guérir. Somme toute, il était vaguement satisfait de rencontrer chez un homme d’esprit les illusions qu’il avait considérées jusque-là comme puériles et presque sottes.

—Une figure sympathique, ce philosophe sans le savoir! pensa-t-il. Si j’avais un fils, je le lui confierais... Il en ferait très probablement un Don Quichotte, mais à coup sûr, un honnête homme et, qui sait?... peut-être un homme heureux.

IV

Le surlendemain, Jean-Marc demanda comme une grande faveur la permission de saluer celui qu’il nommait encore son jeune maître.

Le jardinier de Nohel avait vieilli depuis le temps où Bernard cueillait des cerises. Sa taille s’était courbée, ses cheveux avaient grisonné, sa peau brune et desséchée, prenant des teintes de terre, s’était étendue sur la charpente osseuse de son visage, mais les mêmes yeux, pleins d’une sorte de candeur sereine, brillaient au fond de ses orbites plus creuses; un sourire de bonhomie franche égayait sa bouche dégarnie.

Il ne voulait pas s’asseoir, le vieil homme! Debout, son chapeau à la main, il parlait à Bernard, disant comme mademoiselle Armelle, ce mot ravi de ceux qui se retrouvent après de longues années: «Vous rappelez-vous?» Et Bernard se rappelait.

Mais en dix ans, bien des choses avaient changé; la petite-fille de Jean-Marc, une contemporaine de Bernard, avait épousé l’un des pêcheurs de la côte... Le fidèle serviteur était arrière-grand-père, maintenant! Combien on les aime ces petits, qui viennent quand on est déjà tout près de s’en aller!

—Et vous, monsieur Bernard, est-ce que vous ne nous amènerez pas un de ces jours une belle jeune dame et de gentils marmots?

Bernard sourit, en secouant la tête.