Bernard regarda la jeune fille, puis, grave, il répondit:

—Oui, Janik, pour mes enfants.

Le soir, après dîner, Nohel se sentait très calme et très heureux, en prenant sa place habituelle dans le salon jonquille où mademoiselle de Kérigan se faisait raconter pour la dixième fois au moins les prouesses de son petit cousin.

—Vous êtes un héros, Bernard, s’écria-t-elle.

Et mademoiselle Louise répéta comme un écho:

—Oui, un héros, monsieur de Nohel, un héros!

Seulement, mademoiselle Armelle regrettait que la fille du pêcheur, au lieu de six ans, n’en eût pas eu seize; elle se serait immanquablement éprise de son sauveur qui, bravant les sots préjugés du monde, l’aurait épousée à Pâques fleuries! Quelle délicieuse idylle!

La vieille demoiselle était en veine de bâtir des romans, elle avait passé sa journée à lire la dernière œuvre d’un auteur en vogue, une de ces œuvres entraînantes qu’on ne sait guère quitter avant d’avoir atteint la page finale.

Le chapitre du sauvetage de la petite fille épuisé, elle éprouva le besoin de faire partager ses admirations à Bernard, avec lequel elle causait souvent littérature, au grand amusement du jeune homme.

Juliane! voilà le titre de ce chef-d’œuvre, pontifia-t-elle. L’auteur est un romancier parisien, que vous connaissez sans doute: Jacques Chépart?