Mademoiselle de Kérigan parlait très innocemment. Entre le nom du livre et celui de l’auteur, Nohel avait eu le temps de se remettre.
Il tenait à conserver le secret de sa personnalité littéraire, inconnue au château. Jusqu’à son retour à Paris, il voulait être uniquement le neveu de tante Armelle et le cousin de Janik, le petit-fils soumis de la mère-grand aux yeux bleus! Jacques Chépart, le romancier las de vivre, l’être compliqué, d’essence moderne, était resté dans la grande ville; il ignorait le château de Nohel, la fontaine de Marie et les réminiscences dont on rit le regard ému.
L’homme auquel souriait le portrait de la tourelle avait un cœur très simple; il aimait les contes bleus, il passait des heures à causer avec une jeune fille et un vieux philosophe... il était presque heureux! Et ce fut lui qui répondit à tante Armelle:
—Si je connais Jacques Chépart, ma tante? oh! très peu.
—Quel génie! s’écria l’enragée liseuse avec conviction... Ce doit être un affreux mauvais sujet... Moi, je l’adore, ce garçon-là!
Le jeune homme se mit à rire.
—Un génie! Comme vous y allez! Et un génie mauvais sujet!... Et un mauvais sujet que vous adorez!... Vous adorez les mauvais sujets, tante Armelle?
—Comme toutes les femmes, mon neveu... Seulement, à soixante ans on ose le dire, tandis qu’à vingt, on se contente de le penser... Ah! vous connaissez Jacques Chépart? Il est jeune, n’est-ce pas?
—Trente ans, je crois.
—J’en étais sûre... Il fait des passions, hein?