—Non, pas cela, pas cela, par pitié... Vous m’avez dit que je vous avais fait du bien, que vous ne l’oublieriez pas... Vous m’appeliez «conscience», vous en souvenez-vous? Eh bien, écoutez-moi, une fois encore. La petite mère-grand vous parlerait comme je vous parle, si les portraits avaient une voix... Soyez fort, soyez vaillant, soyez homme!... Dites-moi: «Je vous promets de vivre»... Et je vous croirai, et je serai si heureuse...
Nohel voulut répliquer, Janik l’en empêcha.
—Ne me dites plus que vous êtes méchant, que vous êtes lâche... Ce n’est pas vrai, je vous connais maintenant... je vous ai vu vous jeter à la mer pour sauver un enfant... je sais que vous êtes généreux, je sais que vous êtes brave... Et je sais aussi que vous êtes trop bon pour me faire une si grande peine... Ah! si vous vouliez, vous pourriez réaliser tant de beaux rêves! Vous pourriez vivre d’une vie si noble, si grande! Ah! si vous vouliez!
Il hochait la tête d’un air sombre.
—Vous ne savez pas ce que vous me demandez, murmura-t-il.
—Si, je le sais, Bernard. Je vous demande le plus grand des courages. Non pas ce courage factice, cette fièvre d’un instant que vous appelleriez à votre aide pour faire jouer l’arme qui vous donnerait la mort, mais un courage plus serein, plus digne, un courage de toute la vie... Je vous demande de travailler, de faire du bien, je vous demande de lutter, la tête haute, contre la vie dont vous avez peur!... Et tout cela, Bernard, parce que vous êtes mon ami, mon frère, parce que j’ai soif d’être fière de vous!
Son enthousiasme la transfigurait. Malgré sa pâleur et ses yeux cernés, elle était belle. Belle, non plus comme une femme née pour les amours de la terre, mais comme un être idéal, descendu de ce grand ciel pur, qui semblait l’inspirer.
Le visage tourmenté, les mains serrées, comme s’il eût traversé une crise de douleurs physiques, Bernard lui résistait.
—Je ne peux pas vous promettre cela, non, je ne peux pas...
Elle se tordait les mains.