—Que puis-je lui dire, mon Dieu! que puis-je lui dire? Bernard, mon Bernard, je vous en supplie!... Au nom de votre mère, promettez-moi de vivre!... Faites-le pour sa mémoire, si vous ne voulez pas le faire pour moi.
Janik chancela. Éperdu, le jeune homme lui prit les deux mains.
—Si je ne veux pas le faire pour vous!... Il y aurait donc au monde une chose que je ne voudrais pas faire pour vous!...
Il la regardait, une immense pitié dans les yeux.
—Vous êtes toute blanche, vous souffrez?... Je vous ai attristée, inquiétée... Je ne veux pas que vous soyez triste et inquiète, je veux... oui, je veux que vous soyez heureuse... Ne tremblez pas, regardez-moi.
Elle obéit; alors Bernard se pencha sur elle; ses lèvres effleurèrent le front de la jeune fille, et il murmura:
—Janik, je vous le promets.
En prononçant cette parole qui, de lui à elle, valait un serment, Nohel pensait que c’est un pauvre héroïsme de mourir pour celle qu’on aime. Mais à cette minute même, à cette minute de déchirement, elle triomphait, «la conscience en robe rose»! Et les yeux qui jadis riaient au petit Bernard, quand il était sage, pleuraient maintenant des larmes douces et fières qui disaient merci à Jacques Chépart.
IX
Le temps marchait. Bientôt Pierre Le Jariel arriverait; l’heureux marin tiendrait sur son cœur sa fiancée, sa «promise», tous les souvenirs, toutes les espérances, reconquis en un instant, dans ce premier baiser du retour. «Déjà! déjà!» disait Nohel...