Comme mademoiselle Armelle sortait pour donner un ordre, Bernard, sombre et désœuvré, s’assit à la fenêtre et se mit à décacheter les journaux qu’il recevait chaque jour.

En ouvrant l’un d’eux, il eut un sourire amer. On s’était empressé de publier sa nouvelle, Amour pur, dont le titre trônait en première page.

Était-ce bien Jacques Chépart qui avait écrit ces lignes, exquises de poésie?

Non, c’était un amoureux de vingt ans et qu’on aimait!...

D’un mouvement brusque, il repoussa le journal.

Les yeux lassés, le geste lent, Janik avait posé son livre; elle prit distraitement la grande feuille déployée sur le canapé et y jeta les yeux. Guidé par une mystérieuse intuition, son regard se fixa aussitôt sur le nom de Jacques Chépart.

—Ah! Bernard!... vous ne m’aviez pas dit...

Il affecta de ne pas répondre.

—Est-ce que je peux lire? ajouta-t-elle timidement.

Un regret étreignait le cœur du jeune homme; il pensait à la joie qu’il eût éprouvée à dire: «Lisez, chaque mot de cette histoire a été écrit pour vous!»