Mais c’était pour Janik, c’était pour sa «conscience en robe rose» qu’il avait travaillé toute une nuit, l’espoir dans l’âme; ce n’était pas pour la fiancée de Pierre Le Jariel.
—Lisez, si vous voulez; cette nouvelle ne vaut rien...
Telle fut sa réplique maussade.
Cependant il ne put résister à la tentation de regarder mademoiselle de Thiaz, pendant qu’elle avançait dans les colonnes, les yeux brillants, les joues empourprées, la poitrine doucement haletante. Elle ne savait pas que Bernard l’observait, elle oubliait la présence du jeune homme, elle s’envolait bien loin dans un autre monde, celui de ses rêves, qu’elle voyait soudain vivre et palpiter, comme un monde réel. Le rythme de cette prose musicale la berçait, remuant tout son être. Jacques Chépart décrivait les bois bretons et, soudain, elle assistait au jeu du soleil dans les feuilles, elle percevait, lointaine et claire, la voix de la petite source... L’histoire d’amour se déroulait, suave, enivrante dans sa pureté; et Janik croyait entendre chanter à son oreille, comme une mélodie inconnue et troublante, les aveux qu’elle lisait.
Un moment ses yeux se mouillèrent de larmes, qu’elle n’essuya pas et qui glissèrent lentement, le long de ses joues. Puis, quand, deux fois, elle eut savouré les derniers mots du récit, mots de bonheur, de triomphe passionné, elle leva la tête, et ses yeux extasiés rencontrèrent ceux de Bernard. Il eut comme un éblouissement.
—Janik, s’écria-t-il, était-ce à Pierre que vous pensiez en lisant?
Une grande pâleur couvrit le visage de mademoiselle de Thiaz; cependant ce fut avec beaucoup de calme qu’elle répondit:
—Je n’ai pensé qu’à ma lecture... Vous n’aviez jamais écrit ainsi.
Il reprit son air abattu, regardant sans les voir les rosaces du tapis.
—Vous avez raison, dit-il, c’est la première fois que j’écris ainsi... c’est aussi la dernière. J’ai écrit dans un moment d’espoir...